Comme tout le monde, Salvatore Commesso – vainqueur d'étapes sur le Tour de France à Albi l'an dernier et à Fribourg cette saison – a été informé des résultats alarmistes obtenus par le Conseil de prévention et de lutte contre le dopage (CPLD), qui annonçait mardi que 45% des 96 contrôles effectués lors du dernier Tour de France étaient positifs. Malgré ce nouveau scandale, la vie continue pour le coureur de la Saeco. Il s'entraîne actuellement sur les rives du lac de Côme, près de son domicile de Pusiano, pour préparer la fin de saison. D'ordinaire, la défense du peloton passe par un sentiment collectif de paranoïa, et les coureurs ont l'habitude de garder le silence. Salvatore Comesso estime lui n'avoir rien à se reprocher. Il a donc décidé d'expliquer son cas, brisant l'omertà du peloton. Entretien

Le Temps: Salvatore Commesso, vous avez remporté une étape lors du dernier Tour de France, que pensez-vous des résultats annoncés par le CPLD, selon lesquels sur 96 coureurs contrôlés, 45% ont pris des produits dopants?

Salvatore Commesso: Je tiens d'abord à dire que je me sens insulté par cette nouvelle lancée sans précaution. Même nous coureurs, on n'y comprend plus rien. Un jour, l'Union cycliste internationale (UCI) annonce qu'il n'y avait aucun cas de dopage sur le Tour 2000, et quelques semaines plus tard, on nous affirme le contraire. S'ils veulent faire «le ménage», très bien, mais que les choses se fassent sérieusement. Personnellement, j'avais observé une nette amélioration dans le peloton ces derniers temps. Les comportements commençaient à changer et puis voilà un nouveau scandale qui éclate, la proportion inquiétante de 45% lancée en l'air sans s'interroger sur les raisons.

– Il faudrait peut-être que vous, coureurs professionnels, expliquiez un peu les choses au grand public, non?

– Moi, je vais vous le dire: parmi les 45% de coureurs positifs et possédant un certificat médical il y a Salvatore Commesso! La raison? Regardez les images de ma victoire. J'avais un bandage sur le genou. Lors du Tour de Suisse en juin, j'ai fait une bêtise en voulant changer de modèle de chaussures. J'ai aussitôt senti une douleur au genou parce que le réglage sur la pédale n'était pas le même. Durant le Tour, la douleur a persisté et s'est carrément transformée en tendinite. C'est devenu insupportable et après 5 ou 6 étapes, le docteur a été obligé de me faire des infiltrations. Attention cependant. Tout était en règle, le médecin de l'équipe m'a fait un certificat et tout a été régulièrement reporté sur le livret médical obligatoire de l'UCI.

– Quel produit avez-vous pris?

– J'ai pris un peu de cortisone pour soulager la douleur, voilà tout, et j'ai été contrôlé le jour de ma victoire comme c'est le cas de tous les vainqueurs d'étape. Une fois encore, je vous le répète, tout a été officiellement déclaré à l'UCI. De grâce, faisons les choses avec plus de sérieux. Une fois encore le cyclisme est synonyme de dopage dans l'esprit des gens. Cette information lourde de conséquence a été livrée au public sans la moindre explication, sans chercher à comprendre le cas de chaque coureur. C'est la raison pour laquelle j'ai voulu être franc avec vous.