Cyril Henny a pour lui d'être un talentueux pilote de rallye. Contre lui le fait de venir d'un pays où les sports mécaniques ne jouissent pas d'une grosse cote de popularité dans les milieux économiques. Ce qui pose parfois des problèmes quand il s'agit de trouver des financements. Surtout pour des gens souhaitant exprimer leur talent en dehors des frontières helvétiques. S'agissant du rallye, c'est à eux, mais aussi à ceux qui connaissent les mêmes difficultés ailleurs qu'en Suisse, qu'a pensé la Fédération internationale de l'automobile (FIA) en lançant une nouvelle série baptisée «Super 1600» (lire ci-dessous). Objectif: offrir à de jeunes talents provenant de structures privées la possibilité d'acquérir, à un niveau élevé, l'expérience devant leur permettre d'accéder au «vrai» championnat du monde des épreuves routières.

«Le «Super 1600» sera une vitrine, explique Francesco Longanesi, porte-parole de la FIA. Car, à armes égales, les meilleurs pilotes émergeront. Ils disposeront ainsi de chances d'être repérés par les constructeurs.» Cyril Henny – ou plutôt Guy Berger, son homme de confiance français – a compris tout le profit à tirer de la nouvelle compétition. «Guy et moi en avions déjà parlé l'été dernier, explique le pilote d'Yvonand, juste avant qu'un représentant de Citroën Sport ne nous contacte pour savoir si le «Super 1600» était susceptible de nous intéresser. Comme Guy allait quitter à la fin de l'année la structure Beuzelin (qui préparait les Peugeot de Cyril Henny, ndlr), nous nous sommes demandé si le moment n'était pas venu de nous lancer dans un projet ambitieux. Et la réponse a fusé: c'était oui. D'autant plus que Peugeot, qui voulait me conserver sous ses couleurs, n'était pas disposé à mettre la main au porte-monnaie.»

Guy Berger, Cyril Henny et Aurore Brand, qui est à la fois la navigatrice et la compagne du pilote vaudois, ont donc créé une nouvelle structure, basée en France, tout en décidant une collaboration avec la firme PH Sport, à Dijon. Il s'agit d'un team semi-officiel Citroën qui s'occupe notamment, en championnat du monde, des voitures du Français Philippe Bugalski et de l'Espagnol Jésus Puras, les «officiels» de la firme aux chevrons. PH Sport veille aussi sur le bolide de Sébastien Loeb, l'un des grands espoirs tricolores. Un garçon qui participera lui aussi au «Super 1600». Elle assurera l'intendance sur le terrain pour Loeb et Henny. Ce qui permettra de diminuer les frais de l'un et de l'autre.

En parallèle est né le RTH (pour Rallye Team Henny) qui se charge depuis quelques semaines de trouver de l'argent. Car si les sommes engagées dans le «Super 1600» n'ont rien de comparable avec celles qui ont cours en championnat du monde, elles n'en sont pas moins importantes. «Il nous faut 700 000 francs pour la saison, précise Cyril Henny. Nous disposons d'un peu plus de la moitié de la somme. Pour le reste, nous avons une garantie financière qu'il nous faudra rembourser. Nous travaillons très fort dans la recherche de nouveaux partenaires, même si plusieurs de ceux qui m'ont aidé jusqu'ici nous restent fidèles.» Le démarchage est l'affaire de Geneviève et Bruno Filisetti. Garagiste à Renens, Bruno Filisetti n'est autre que l'employeur de Cyril Henny dont il a fait son chef d'atelier depuis peu. «Bruno m'aide depuis de nombreuses années. Il connaît parfaitement les contraintes de la compétition automobile et les disponibilités que ce sport réclame.»

Quand à ses ambitions dans le nouveau championnat, Cyril Henny reste prudent: «Faire le maximum. Etre à l'arrivée le plus souvent possible. Engranger de l'expérience et surtout marquer des points. Mais il y a une grande inconnue: les voitures étant nouvelles, nous ne disposons pas de la moindre base de comparaison. De plus, je n'ai pas beaucoup d'expérience sur la terre. Un handicap en certaines circonstances. Surtout que nous n'aurons droit qu'à deux passages en reconnaissance. Or jusqu'ici, j'en faisais au moins quatre. Enfin, il faudra aussi compter avec une concurrence féroce. Et notamment celle de Sébastien Loeb qui possède un petit avantage sur moi puisque c'est lui qui a mis au point la Citroën Saxo que nous utiliserons tous les deux.»

Mais Cyril Henny de demeurer optimiste. «Aurore et moi allons jouer nos chances à fond. Nous n'avons d'ailleurs pas le choix. J'ai 30 ans et c'est la dernière qui sonne pour moi. Pour tout un tas de raisons, surtout financières, je n'avais pas d'autres solutions que de me lancer dans ce nouveau projet. J'en attends donc forcément beaucoup.» Dans la mesure où, si l'on en croit Francesco Longanesi, les participants au «Super 1600» devront soit émerger pour disposer de chances – si minimes soient-elles – d'être remarqués, soit disparaître, c'est le couteau sous la gorge que le duo Henny-Brand prendra le départ, vendredi matin, du Rallye de Catalogne, première manche de la nouvelle compétition. Une épreuve qui, fort heureusement, se déroule sur l'asphalte, le revêtement de prédilection du souriant Vaudois.