Ne pas se fier aux apparences. C’est peut-être le message que l’on peut tirer de l’hiver en cours. Les flocons qui recouvrent cette semaine les pentes de neige se sont fait attendre mais ne sont pas qu’annonciateurs de réjouissance. Ce, d’autant plus que les jours à partir de jeudi s’annoncent radieux.

Les conditions actuelles placent les randonnées à ski sous le signe de la méfiance. Car le danger dans nos Alpes, après une longue période de calme, vacille entre les degrés 3 et 4, marqué à fort. Et mardi soir, c’est un 4 qui annonce des menaces sur les axes routiers qui est en vigueur.

C’est connu, après le calme vient la tempête. Sans doute l’avez-vous entendue passer dans la nuit de lundi à mardi. En plaine, elle a fait claquer les volets et soulevé les flots lémaniques. En montagne, elle s’est déchaînée, ébouriffant les mélèzes et transportant la neige de toutes parts. On le sait: vent et neige ne font pas bon ménage. Et si la pluie s’en mêle, l’union est d’autant plus compliquée.

Tous les ingrédients réunis

Hier, mardi, le danger d’avalanche se cantonnait durant la journée à 3 (marqué) sur 5. Bien qu’il soit situé au centre de l’échelle, c’est un danger considérable qui appelle à la méfiance pour les adeptes de sports d’hiver en dehors des domaines sécurisés. Les changements de température intempestifs, les pluies atteignant des altitudes élevées, les vents tempétueux et les chutes de neige importantes forment une succession d’ingrédients dignes des instabilités de manteau neigeux.

Mardi, au téléphone, Pierre Huguenin, le responsable de l’antenne valaisanne de l’Institut pour l’étude de la neige et des avalanches (SLF), considérait la situation comme «critique et complexe en fonction des altitudes». Pour le spécialiste, ce 3 (marqué) tendait dans la matinée vers le 4 (fort). A 17 heures, la limite a été franchie suite aux chutes de neige sous les vents tempétueux. Ce degré représenté en rouge sur les cartes a d’ailleurs déjà couvert une partie du Valais entre la fin de journée de samedi, jusqu’à dimanche soir après des pluies tombées en altitude.

«Depuis jeudi 30 janvier et sur l’ensemble du week-end, le manteau neigeux était particulièrement dangereux», rappelle l’expert. En Bas-Valais, la compagnie de sauvetage Air Glaciers a dû intervenir à six reprises pour des incidents concernant près de 15 personnes entre jeudi et vendredi. Tous s’en sont sortis vivants.

La fin du sevrage

La neige de mardi et mercredi se dépose donc sur un fond délicat. «Le refroidissement qui sévit maintenant permet toutefois de stabiliser le manteau humidifié par la pluie, précise le nivologue. Reste à espérer qu’il neige suffisamment pour que la couche isolante offre une bonne cohésion.»

A en croire les prévisions, 40 à 50 centimètres de neige sont attendus d’ici à mercredi: une épaisseur suffisante à l’homogénéité du manteau. «Les conditions de mercredi inciteront toutefois à la méfiance. Surtout à haute altitude, là où il n’y a pas eu de pluies.» Prudence, donc et, surtout, ne jamais se fier aux apparences.