«Daniel Costantini est la sage-femme du handball français, car il a accouché ce sport.» L'hommage est magnifique. Il est signé Philippe Gardent, capitaine de l'équipe de France en 1995 lorsque celle-ci a obtenu son premier titre mondial. Cinq ans plus tard et après quinze ans d'un règne sans partage et deux titres suprêmes, le chef a décidé de s'en aller.

«Cette décision de partir, je l'ai prise l'automne dernier, après notre ratage de Sydney (ndlr: la France n'a terminé que 6e des derniers Jeux olympiques), confiait, en octobre dernier, Daniel Costantini. Je n'ai sans doute pas su travailler avec la nouvelle génération de joueurs comme il l'aurait fallu.» Ses gars rêvaient en effet de pouvoir échanger avec lui. Or, fidèle à ses principes de toujours, Costantini n'a pas su les diriger autrement qu'en faisant preuve de cette intransigeance mâtinée de provocation qui ne passait plus. «Aujourd'hui, estime le Commandeur de la Légion d'honneur, j'ai pourtant le sentiment d'avoir été au bout de mon parcours sans jamais me renier. Je ne me voyais pas dévier de ma ligne, trahir mes principes et mes idéaux.»

Daniel Costantini restera dans l'histoire comme le premier entraîneur à avoir conduit un sport collectif français au titre de champion du monde. Eternel formateur, Costantini ne tire pourtant aucune gloire de ce haut fait d'armes. «Je m'étais assigné une mission, raconte-t-il. Je savais que je pouvais m'appuyer sur une génération exceptionnelle de joueurs pour la mener à bien.»

Une génération de «Barjots» pour reprendre le nom qui avait été donné à cette équipe de doux dingues aussi prompts à «péter les plombs» qu'à livrer un jeu flamboyant. Cette équipe était ingérable. Costantini l'a gérée. Cela n'a pas toujours été simple, notamment quand il a fallu faire entrer ces «fainéants» pour la première fois dans une salle de musculation. Mais le mentor a fini par façonner le groupe à sa guise. «Pour Daniel, la formation était constante. Tu pouvais entrer dans une salle d'entraînement et te prévaloir d'un titre de champion du monde, cela ne changeait rien: l'entraîneur nous certifiait qu'il pouvait nous apprendre quelque chose ou nous réapprendre tel ou tel truc», expliquait récemment Jackson Richardson, le capitaine de l'équipe de France.

Daniel Costantini a été adoré autant que détesté pour avoir toujours osé dire les choses telles qu'il les ressentait. Il a construit son équipe puis l'a reconstruite lorsqu'elle s'est disloquée partiellement après des JO d'Atlanta miteux. Car chez lui, le système de jeu se bâtit à partir des joueurs. Et pas l'inverse.