Jeux olympiques

Dario Cologna, la carrure de l’emploi

Fin du faux suspense: le skieur de fond grison portera le drapeau d’une délégation suisse ambitieuse lors de la cérémonie d’ouverture des Jeux de Pyeongchang. Le patron, c’est lui, même s’il faut compter sur d’autres pour le dire

Dario Cologna portera le drapeau de la délégation suisse lors de la cérémonie d’ouverture des Jeux olympiques de Pyeongchang. Vendredi à midi (heure suisse), le skieur de fond grison emmènera les quelque 120 athlètes (et environ 180 personnes au total) qui ont prévu de défiler malgré le froid qui s’annonce et le risque d’accumuler de la fatigue.

Un faux suspense s’était installé quant à l’identité du chef de file que se choisirait Swiss Olympic. «On a fabulé sur des débats complexes, le vote d’une commission… La vérité, c’est que le choix était assez simple il me semble», déclare tout sourire le chef de mission Ralph Stöckli, au sein de l’élégante House of Switzerland installée directement au pied des pistes de la station de ski alpin de Yongpyong, où se dérouleront ces prochains jours slaloms et géants.

C’est un sentiment très spécial, privilégié. Ce sera un des moments forts de ma carrière

Dario Cologna

Dario Cologna est (double) champion olympique en titre, un critère souvent déterminant au moment de désigner un porte-drapeau. Il compte l’un des plus beaux palmarès du sport suisse. Il est connu et respecté de tous. Mais il y avait un obstacle à ce qu’il endosse le rôle: le skiathlon, «son» épreuve, se disputera dès dimanche, et il aurait légitimement pu s’épargner une cérémonie d’ouverture qui mettra les organismes à rude épreuve. Sauf qu’il n’avait vraiment, mais alors vraiment pas du tout envie de manquer l’événement.

Le besoin d’une pression supplémentaire

Enjoué, plus appliqué que d’habitude à s’en tenir au Hochdeutsch face aux journalistes de tout le pays, le champion du Val Müstair tremblotait d’émotion jeudi matin. «C’est un sentiment très spécial, privilégié. Ce sera un des moments forts de ma carrière», a-t-il lancé. Les températures négatives? «On fera en sorte de rester suffisamment chauds, mais nous, les athlètes nordiques, avons l’habitude du froid.» La fatigue? «Le stade est à cinq minutes du village olympique où nous logeons. Ça va aller, je crois…»

Comme souvent avec le triple médaillé d’or olympique (une fois à Vancouver, deux fois à Sotchi), il ne faut pas compter sur lui pour trop en dire. Les autres le font à sa place, à commencer par son responsable, Hippolyt Kempf. «Il voulait vraiment le faire, révèle en aparté le chef du ski de fond au sein de Swiss-Ski. Il y a quelques mois, il m’a demandé de suggérer son nom à Swiss Olympic. C’est clair qu’il a une certaine fibre patriotique, et il voit le rôle de porte-drapeau comme un immense honneur, d’autant plus que la délégation suisse est très forte.»

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Champion olympique du combiné nordique en 1988, Hippolyt Kempf y voit aussi une motivation toute personnelle. Après deux participations aux Jeux olympiques et trois médailles, Dario Cologna a besoin d’un petit supplément de responsabilité pour se dépasser. «Oui, c’est quelqu’un qui aime la pression et qui en a besoin. Porter le drapeau de la Suisse, c’est accepter qu’on le regarde autrement.»

Figure tutélaire

Cette pression, certains n’en veulent pas. En France, on évoque parfois une malédiction poursuivant les athlètes qui acceptent d’emmener la délégation bleue aux Jeux. Cette année, c’est le biathlète Martin Fourcade qui s’y colle et il ne craint pas le mauvais sort. «Je ne suis pas superstitieux, a-t-il déclaré. Je sais que je peux foirer mes Jeux mais j’ai du mal à croire que ce sera parce que j’ai accepté de porter un drapeau pendant une demi-heure dans ma vie…»

En Suisse, les deux prédécesseurs de Dario Cologna n’ont pas particulièrement réussi leurs Jeux olympiques. En 2014, Simon Ammann est resté loin des meilleurs quatre ans après son deuxième doublé. En 2010, Stéphane Lambiel a terminé à une quatrième place à la saveur très amère. En 2006, par contre, Philipp Schoch avait décroché son deuxième titre olympique consécutif lors du slalom géant parallèle en snowboard…

Pour un athlète, il incarne des valeurs intéressantes, dont je m’inspire à titre personnel: l’humilité, évidemment, et le fait de mettre en avant ses résultats, ses performances, et pas sa personnalité

Candide Pralong, fondeur valaisan

Dario Cologna pourra compter sur le soutien de tous ses camarades fondeurs, ravis que le visage du sport suisse en Corée du Sud soit celui de l’un d’entre eux. A 31 ans, il incarne véritablement une figure tutélaire pour ses pairs. Le palmarès. La longévité. Le caractère. «Cela fait des années et des années qu’il est un vrai leader pour tous nos jeunes, sourit Hippolyt Kempf. On va être clair: dans le ski de fond suisse, le patron, c’est lui, bien plus que moi.»

«C’est un mec normal, en fait»

Le Valaisan Candide Pralong, qui goûte à sa première expérience olympique, acquiesce sans réserve. «Je ne pense pas qu’il soit un homme parfait, non, mais pour un athlète, il incarne des valeurs intéressantes, dont je m’inspire à titre personnel: l’humilité, évidemment, et le fait de mettre en avant ses résultats, ses performances, et pas sa personnalité comme tant de sportifs le font aujourd’hui.» A sa manière, Cologna représente ainsi bien son pays, plus dans le savoir-faire que dans le «faire savoir», taiseux, modeste, mais surtout brillant dans son domaine.

Spécialiste des longues distances, le Romand partage avec deux autres fondeurs le même appartement que Dario Cologna au village olympique. «Ce n’est pas lui qui va pousser des coups de gueule et se mettre en avant. Tous les soirs, nous faisons des jeux de société en toute simplicité, lui comme les autres. C’est un mec normal, en fait. Il est inspirant sans rien faire de spécial pour l’être. La force tranquille.»

Dimanche, à 7h15 (heure suisse), il s’élancera à la conquête d’une nouvelle médaille olympique. «Je crois que j’ai de bonnes chances à défendre lors du skiathlon», lance le champion en titre. Comme lors de la cérémonie d’ouverture, il aura toute la Suisse derrière lui. Hippolyt Kempf serre le poing et lève le menton: «Le ski de fond suisse est en Corée du Sud pour gagner des médailles! Et oui, c’est vrai, Dario sera une nouvelle fois notre atout majeur…»


PROGRAMME

Six épreuves pour voir la Suisse briller

Il faudra se lever tôt ces deux prochaines semaines pour assister en direct aux épreuves des Jeux olympiques. Mais cela en vaudra la peine, avec de nombreuses chances de médailles pour les athlètes suisses. En voici six.

Descente hommes (dimanche 11 février à 3h, heure suisse). Dans la forme de sa vie et totalement insensible à la pression, Beat Feuz sera l’un des grands favoris de la première et plus prestigieuse épreuve de ski alpin.

Snowboard half-pipe hommes (mardi 13 février dès 5h). Les stars Iouri Podladtchikov et David Hablützel convalescents et pas certains d’être rétablis à temps, Pat Burgener – artiste sur sa planche comme à la guitare – rêve d’un exploit.

Sprint classique femmes (mardi 13 février dès 9h30). La skieuse de fond Laurien van der Graaff est, à 30 ans, au meilleur de sa carrière et en pleine confiance après ses deux premières victoires en Coupe du monde cet hiver.

Slalom dames (mercredi 14 février à 2h15 et 5h45). Les skieuses et skieurs suisses peuvent espérer de multiples médailles, Wendy Holdener avec un peu plus de conviction que les autres: elle est une véritable habituée des podiums en Coupe du monde.

Ski slopestyle hommes (dimanche 18 février dès 2h). A 19 ans, le petit prodige grison Andri Ragettli a déjà remporté la Coupe du monde de sa discipline et réalisé des figures que personne avant lui n’avait réussies.

Skicross dames (vendredi 23 février dès 3h30). Pour sa troisième participation à des Jeux olympiques, Fanny Smith semble mûre pour une performance à la hauteur de ses résultats en Coupe du monde (30 podiums, 12 victoires). L. PT


MAIS ENCORE

Saison finie pour Mélanie Meillard

La Suisse devra attendre un peu avant de voir éclore l’un de ses plus grands talents en ski alpin. Mélanie Meillard s’est blessée jeudi lors d’un entraînement de géant en Corée du Sud. Souffrant d’une blessure complexe au genou (rupture du ligament croisé antérieur et lésion du ménisque externe), elle doit faire une croix sur ses Jeux olympiques et sa saison. L. PT

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