«Imaginez... le petit Costa Rica, dont personne ne parle, qui se retrouve au match d'ouverture de la Coupe du monde de football... C'est l'événement du siècle». Jaime, étudiant en histoire, a du mal à trouver ses mots. Car ce 9 juin, à 10 heures, quand les premières images de ce match historique contre l'Allemagne arriveront sur les écrans de télévision, c'est tout le Costa Rica, et pas seulement ses joueurs de football, qui aura rendez-vous avec l'histoire.

Etre qualifié à une phase finale de la Coupe du monde est une chose. Le Costa Rica, démocratie balnéaire de quatre millions d'habitants, en est d'ailleurs à sa troisième participation. Mais disputer le match d'ouverture face au pays hôte, devant un milliard de téléspectateurs, en est une autre. Les «ticos» en ont oublié l'inflation galopante et les manifestations contre le traité de libre-échange avec les Etats-Unis, qui rythmaient jusqu'à récemment leur vie quotidienne. Dans les rues de la verdoyante capitale, San José, les supporters ont revêtu depuis plusieurs jours le maillot rouge de la «roja», la sélection nationale. Les écrans géants ont fait leur apparition sur toutes les places, et les télévisions ont même fleuri dans l'habitacle des chauffeurs de bus et de taxi, malgré l'amende salée que les policiers promettent à tous ceux qui conduiront en regardant le match.

Demi-journée de congé aux écoliers et aux fonctionnaires

«En règle générale je ne m'intéresse pas au football, et pourtant j'ai rêvé que mon pays gagnait 2 à 1, avoue Mario Fernández Silva, ancien ambassadeur du Costa Rica à Bruxelles. Même l'attribution du Prix Nobel de la Paix à notre président Oscar Arias, en 1987, n'avait pas provoqué une si grande effervescence.» A temps exceptionnels, mesures exceptionnelles. Avant même la qualification du Costa Rica, Oscar Arias, fraîchement réélu en février, avait donné le ton en déclarant «d'intérêt national» toutes les activités de la «roja». Devançant la paralysie prévisible du pays, il a accordé une demi-journée de congé, ce mardi matin, aux enfants des écoles et aux fonctionnaires. La «Suisse d'Amérique centrale», épargnée par ces guerres ou ces coups d'Etat qui auraient pu la mettre à la une des médias, compte également sur cet événement pour se faire connaître. Le président, en tournée européenne, sera dans la tribune d'honneur du stade de Munich au côté de la chancelière. Quatre millions de dollars de publicité ont été investis dans les médias allemands, et Munich accueille une «foire» du Costa Rica où participent les entreprises locales, des producteurs de café aux professionnels du tourisme. Plus d'un million et demi d'étrangers ont en effet visité ce pays en 2005 et le but, comme l'a clairement indiqué le ministre du Tourisme Carlos Benavides, «c'est de se faire remarquer».

Un objectif que le Costa Rica avait déjà atteint lors de son premier mondial, en 1990. Arrivé jusqu'aux huitièmes de finale, il avait triomphé de l'Ecosse, de la Suède, ne s'inclinant que d'un seul but face au Brésil. La «roja», qui a perdu les trois matches de préparation précédant ce duel contre l'Allemagne, est certes loin d'être favorite. Mais les 4000 «ticos» qui ont vidé leur compte bancaire pour traverser l'Atlantique restent confiants: lors du match d'ouverture du mondial de 1986, rappellent-ils, la Bulgarie avait battu la grande Italie; en 2002, en Corée, c'est le Sénégal qui a triomphé de la France, tenante du titre. Un effet «David contre Goliath» qui donne des ailes à Alexandre Guimaraes, le sélectionneur brésilien de la «roja»: «S'il y a un match que l'Allemagne peut perdre, assure-t-il, c'est bien le premier.»