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Goffin et Gulbis à leur sortie du court, sous l’averse.
© Alastair Grant

Le projet Godard

David Goffin, jeu set et drache

«Le Temps» remonte le tableau de Roland-Garros en partant d’un joueur inconnu, puis de son vainqueur et ainsi de suite. Après le Français Grégoire Barrere, nous sommes avec le Belge David Goffin. Depuis lundi, il tente de jouer son huitième de finale contre le Letton Ernests Gulbis

Le projet Godard

En 2007, dans une interview à L’Equipe, Jean-Luc Godard expliquait comment rendre compte au mieux d’un tournoi de tennis: prendre un joueur inconnu qui dispute le premier tour, le suivre jusqu’à ce qu’il perde, puis poursuivre avec son vainqueur, et ainsi de suite jusqu’à la finale. En 2016, Le Temps réalise le projet Godard.

 

 

David Goffin avait quitté le court N°2 samedi à 21h sous le soleil couchant et dans une chaude ambiance. Il n’a fait sa réapparition que mardi à 16h15 sur un court N°1 dépeuplé, dans le froid et sous un crachin tenace. De l’avenue de la Porte d’Auteuil au Boulevard d’Auteuil, d’un troisième tour à un huitième de finale, de Nicolas Almagro à Ernests Gulbis, presque trois jours se sont écoulés. Trois jours et beaucoup d’eau.

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Soixante-sept heures passées à manger, dormir, se reposer, attendre. Espérer. S’entraîner, se reposer. Attendre, manger, se préparer, rentrer à l’hôtel, revenir. Attendre. Penser à autre chose. Imaginer des quiz sur l’histoire du tennis. Attendre. Et puis jouer, un peu: 22 minutes chrono, dont au moins la moitié à se demander si tout ceci valait bien la peine.

Mardi, c’était comme s’il avait changé de tournoi. Soudainement, c’était l’automne. Il faisait froid, humide. Une terre lourde et grasse. Un silence ouaté. Des balles qui deviennent orange si l’échange se prolonge un peu. Même le public belge, pourtant habitué à cette drache venue du Nord, n’a pas sa flamme habituelle. Trois malheureux supporters lettons suffisent à lui damer le pion. C’est triste comme du Baudelaire: «Quand le ciel bas et lourd pèse comme un couvercle/Sur l’esprit gémissant en proie aux longs ennuis,/Et que de l’horizon embrassant tout le cercle/Il nous verse un jour noir plus triste que les nuits.»

Si David Goffin n’a pas bougé, son match a voyagé d’un court à l’autre. Programmé sur le Central lundi matin, il a successivement été déplacé sur le court N°2 (une vieille connaissance) lundi après-midi puis sur le N°1 mardi matin. En temps normal, cela aurait voulu dire quelque chose de son statut: un joueur intéressant, mais pas encore une tête d’affiche. Lundi en fin de journée, son entraîneur Thierry van Cleemput s’en agaçait un peu. «Ils vont nous bouger, c’est sûr…», pronostiquait-il alors que 19 matchs avaient déjà été annulés pour la journée. Ce qui ne manqua pas d’arriver, moins d’une heure plus tard. Mais ce déclassement fut juste théorique puisque l’organisation abandonna peu après l’idée de débuter la moindre partie. Une première à Roland-Garros depuis seize ans.

Mardi matin, Goffin n’a pas pu s’entraîner comme cela était prévu. La pluie aussi s’entraînait. La première éclaircie est prétexte à envoyer les deux hommes sur le court. Gulbis ne s’en plaint pas: les conditions de jeu avantagent clairement sa puissance. A Goffin de trouver les armes pour le contrer. Sur son premier jeu de service, le Belge, déjà mené 1-0, glisse en voulant changer de direction. Il montre la marque à l’arbitre, qui l’enjoint à poursuivre. Sur le point suivant, Gulbis – le joueur qui a réussi le plus de retour gagnant à ce jour - améliore son record et réussit le break (2-0). Furieux, David Goffin sort de sa réserve habituelle et frappe une balle loin au-dessus du stade.

Alors que l’heure n’est pas encore au changement de côté, il s’approche de l’arbitre de chaise pour lui dire, en substance et en anglais: «Je ne joue pas dans ces conditions.» Pause, palabre. L’arbitre appelle le superviseur au talkie-walkie. Gulbis, qui a fait se rasseoir chaque spectateur bougeant dans son champ de vision, est à ce moment précis serein. Le public, qui a longtemps attendu de voir un peu de tennis, rouspète davantage. «49.3, on joue et puis c’est tout», crie quelqu’un qui suit la politique française au moins autant que le tennis. Puisque l’attente se prolonge, la discussion s’entame avec une juge de ligne, qui frotte sa semelle sur la terre ocre. «C’est glissant, mais on a joué dans de pires conditions en qualifications.»

Lorsqu’il arrive enfin, le superviseur est du même avis: il ne pleut pas, on joue. Gulbis sert. Ses frappes sont trop lourdes pour Goffin, souvent sur le reculoir. A 3-0, les joueurs doivent changer de côté. David Goffin réitère sa demande d’arrêter la partie. Le superviseur, qui n’a pas eu le temps de partir bien loin, obtempère. Gulbis, cette fois, s’énerve. On le coupe dans son élan. Mais la décision est prise.

On jouera quinze minutes de plus sur le Central (Djokovic-Bautista Agut), peut-être pour atteindre le seuil des deux heures de jeu, au-delà duquel aucun remboursement des billets, même partiel, n’est possible. Chacun défend ses intérêts. Ceux de David Goffin, qui peut entrer pour la première fois dans le top 10 s’il se qualifie pour les quarts de finale, étaient d’interrompre ce match dans lequel il n’était pas parvenu à entrer.

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