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David Goffin s'est qualifié pour son premier quart de finale en Grand Chelem face à Ernests Gulbis.
© David Vincent

Le projet Godard

David Goffin, patience et longueur de balle

«Le Temps» remonte le tableau de Roland-Garros en partant d’un joueur inconnu, puis de son vainqueur et ainsi de suite. Après le Français Grégoire Barrere, nous sommes avec le Belge David Goffin. Face au Letton Ernests Gulbis, il s’est qualifié pour son premier quart de finale en Grand Chelem

Le projet Godard

En 2007, dans une interview à L’Equipe, Jean-Luc Godard expliquait comment rendre compte au mieux d’un tournoi de tennis: prendre un joueur inconnu qui dispute le premier tour, le suivre jusqu’à ce qu’il perde, puis poursuivre avec son vainqueur, et ainsi de suite jusqu’à la finale. En 2016, Le Temps réalise le projet Godard.

Le tennis est un jeu qui réclame de la patience. Il faut savoir attendre son heure. David Goffin, qui était sorti de l’anonymat ici même en 2012, a mis trois ans à mettre en place un jeu à la hauteur de ses ambitions. Il l’a et se trouve désormais aux portes du top 10. Cela passait par un gros résultat en Grand Chelem, où il n’a jamais fait mieux que les huitièmes de finale. Rendez-vous était pris pour cette édition de Roland-Garros, où il apparaît en seconde semaine pour la deuxième fois de sa carrière.

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Il lui a fallu attendre que la pluie s’arrête de tomber. Depuis sa qualification samedi soir contre Nicolas Almagro, le Belge a rongé son frein, s’épuisant tout seul à meubler l’attente. Le lancement du match contre le Letton Ernests Gulbis, mardi après-midi, n’était qu’un faux départ. «Ce n’était pas jouable», en convinrent les deux adversaires. Ils n’étaient cependant pas d’accord sur le moment; Goffin voulut arrêter les frais à 2-0 après avoir perdu son jeu de service («sur chaque glissade je craignais de tomber»), Gulbis aurait trouvé plus correct que le Belge attende son tour («l’usage veut qu’on laisse l’adversaire servir») pour proposer une suspension.

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Un peu de patience et le match pouvait enfin réellement débuter mercredi. Lorsque les deux joueurs refirent leur apparition sur le court N°1, l’horloge indiquait 12h55, le tableau 3-0 Gulbis, le thermomètre 16° et le bulletin météo un ciel gris mais sec. Le court N°1, toujours un peu plus gras que les autres, était parfaitement jouable. Mais David Goffin dut attendre encore un peu car Ernest Gulbis, lui, ne l’était pas.

Dans ses bons moments, Gulbis est l’un des meilleurs joueurs du monde. Son service claque, ses attaques sont puissantes, ses amorties de revers croisées létales. Il prépare ses coups droits par d’amples mouvements du bras gauche, sa main semble vouloir envoûter la balle, comme s’il s’agissait d’une boule de cristal. On lui prête une réputation de foireur mais il n’est pas là pour rigoler. Le tableau ouvert, une possible demi-finale contre Djokovic: lui aussi y pense. Tendu vers son objectif, il se montre d’une nervosité extrême. Le moindre mouvement le dérange. Il fait taire son entraîneur (qui a eu le tort de dire: «Bravo Ernests» après un point) et met tout de suite au pas la ramasseuse de balle («d’abord le linge, ensuite les balles»).

David Goffin doit donc attendre que l’orage passe. Cela ne devrait pas trop durer. Mené 4-2, le Belge refait son jeu de retard sur un point curieux: le service de Gulbis semble trop long mais le juge de ligne ne dit rien, l’échange s’engage normalement et Goffin fait le point, et le break. Le Belge va se rasseoir tandis que le Letton traverse le terrain pour venir vérifier sa marque. «Elle était faute!», dit-il, au comble de la mauvaise foi à la juge de chaise.

Un gars comme ça est capable de s’autodétruire n’importe quand. Alors qu’il finit par remporter la première manche (6-4 en 53 minutes), Gulbis trouve le moyen de se chauffer avec la juge-arbitre, qu’il suspecte de l’avoir déjà lésé par le passé. Les dénégations de cette dernière («I’ve never been to Monte-Carlo») comme les appels au calme de son entraîneur et de son amie n’y changent rien.

L’éclaircie est proche pour David Goffin, qui se détache rapidement dans la deuxième manche: 4-0 et déjà deux breaks de fait. Il faut dire que Gulbis ne tente que des premières balles. Quand il ne les passe pas du premier coup, il s’expose (déjà 7 doubles fautes). A 5-2 Goffin, Gulbis apostrophe son coach: «Pourquoi tu ne dis pas bravo?» «Parce que tu m’as demandé de me taire.» «J’ai changé d’avis. Maintenant j’en ai besoin.»

Trop tard. Goffin conclut la deuxième 6-2 après 1h29 de jeu. Le match a tourné, la suite perd de son intérêt. Gulbis arrose dans tous les coins (68 fautes directes en tout). Il peut dans le même jeu de service réussir trois aces sur des deuxièmes balles et rater trois amorties. Comme le disait (à peu près) La Fontaine, patience et longueur de balle font plus que force ni que rage.

Goffin s’impose finalement 4-6 6-2 6-2 6-3. S'il passe le prochain tour jeudi contre l’Autrichien Dominic Thiem, il fera aussi bien que Filip Dewulf, demi-finaliste en 1997, aujourd’hui journaliste au het Laatste Nieuws. «Contre Thiem, ce sera difficile. Ils sont très copains, se connaissent parfaitement, ont joué en double, se sont entraînés ensemble lors d’un stage à Dubaï. Et pour l’un comme l’autre, ce match peut changer leur carrière.» Le vainqueur rejoindra Murray, Wawrinka et (sans doute) Djokovic dans le dernier carré.

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Wawrinka et Bacsinszky, la force tranquille

Des 256 engagé(e) s dans les tableaux hommes et dames, il ne reste qu’une poignée de rescapé(e) s. Comme il en a pris la bonne habitude, le tennis suisse conserve l’essentiel de sa représentation: deux sur trois au départ (seule Viktorija Golubic a été éliminée au deuxième tour). Le Stade Lausanne fait encore mieux: deux sur deux. Timea Bacsinszky (qui signe ses succès #LausanneàParis sur la caméra du stade) et Stan Wawrinka. On s’habitue; il ne faudrait pas banaliser ce qui demeure un exploit.

Mercredi, les deux Vaudois se sont succédé sur le court Suzanne-Lenglen. Timea Bacsinszky a impressionné: victoire 6-2 6-4 en 1h16. Son adversaire était pourtant l’ex-numéro une mondiale Venus Williams. L’Américaine n’a rien pu faire, sinon féliciter sportivement sa rivale. D’abord malmenée par les frappes de l’aînée des sœurs Williams, Bacsinszky a trouvé la solution. «Il fallait que je sois plus mobile, c’était plus une question de jambes que de bras.» Le réglage opéré changeait la face du match: huit jeux consécutifs (de 0-2 à 6-2 2-0) et une économie d’énergie appréciable avant le quart de finale, dès jeudi (il faut rattraper le retard), contre la solide Néerlandaise Kiki Bertens.

Comme Timea Bacsinszky, Stan Wawrinka possède deux atouts maîtres dans son jeu. Une très grande confiance en ses moyens et une capacité d’adaptation supérieure à la moyenne. Face à l’Espagnol Albert Ramos-Vinolas, cela ne s’est pas vraiment vu, tant la marge était grande (victoire 6-2 6-1 7-6 en 1h56), mais le Vaudois était tout de même content de lui. «J’ai joué très juste, en variant bien, en ne lui donnant pas l’occasion de jouer sur ses points forts.»
Sans qu’on y prenne vraiment garde, Wawrinka est déjà en demi-finale. Hormis un premier tour difficile mais qui s’explique facilement (le tournoi de Genève, qu’il tenait à gagner une fois, lui a pompé pas mal d’énergie), le tenant du titre a avancé sereinement dans le tournoi. «Je joue bien, je me sens frais, je n’ai pas de bobos, je n’ai pas puisé dans mes réserves», énumère-t-il. Même les deux jours de pluie n’ont pas réussi à le perturber. «Le premier jour, je n’avais pas prévu de m’entraîner; un massage, un repas et je suis reparti. Le second, j’ai tapé un peu en salle. Quand j’ai vu comme [la météo] évoluait, je suis rentré à l’hôtel.»

Vendredi, Andy Murray devrait tout de même le déstabiliser un peu plus. Même s’il ne compte pas plus de Grand Chelem que Wawrinka, l’Ecossais est plus régulier. Mercredi sur le Central, il s’est défait de Richard Gasquet «à la Murray», c’est-à-dire à l’usure. «Je suis particulièrement performant sur les tournois du Grand Chelem mais lui obtient des résultats partout depuis plusieurs saisons», souligne Stan Wawrinka. Sa chance? «Je n’ai aucune pression avant la finale, parce qu’une finale, on veut toujours la gagner. Mais ici, j’ai déjà gagné l’an passé.»

 

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