Il s'agit d'un vieux fantasme du hockey suisse: créer une ligue nationale A (LNA) idéale, voire dogmatique, bastion d'une élite triée sur le volet, en fonction de critères économico-structurels. En clair, un sport-spectacle d'inspiration américaine qui, en reniant le principe fondamental de la promotion-relégation, ne laisserait aucune place à l'aventure. «Hockey pop-corn», s'étranglent les conservateurs. «Professionnalisme», assènent les autres.

Depuis mardi, un groupe de travail étudie la pertinence de porter la LNA à quatorze équipes, contre douze actuellement, puis d'en limiter l'accès aux nantis. Ce projet mort-né, adopté en 1999 avant un retour en arrière retentissant, hante les arcanes de la ligue nationale depuis près de dix ans. De toute évidence, il obéit moins à une réflexion collective sur la prospérité du hockey suisse qu'à des intérêts clairement spécifiques, en l'occurrence ceux de Lausanne et ceux de Fribourg, opposés dans un barrage contre la relégation à l'issue très incertaine (1-1, série en cours).

Faut-il entrer dans l'ère du réalisme économique? Le débat déchire le hockey suisse. Il parvient même à diviser des experts aussi apparentés culturellement que Real Vincent et Paul-André Cadieux, tous deux de souche nord-américaine, tous deux installés sous nos latitudes depuis plus de vingt ans, où ils ont exercé la profession de joueur, d'entraîneur et de manager. Même origine, même vécu. Mais des convictions qui s'affrontent.