On ne peut s’empêcher de penser à 2003. Cette année-là, Roger Federer avait connu le même incident que lundi face à Xavier Malisse. Il affrontait Feliciano Lopez et son dos s’était bloqué. Il avait appelé le médecin sur le court avant de remporter la partie. C’était en 8es de finale et les conditions météo étaient humides et venteuses. Il s’était soigné et s’en était allé décrocher son premier Wimbledon.

Six couronnes anglaises et seize titres du Grand Chelem plus tard, le Bâlois déroule un scénario si étrangement analogue qu’il est tentant de s’accrocher au passé pour mieux lire le présent. Mercredi, il ne restait plus aucune trace à l’œil nu de la blessure qui avait handicapé le n° 3 mondial lors de son bras de fer avec le Belge. Federer a expédié Mikhail Youzhny en trois sets 6-1 6-1 6-2.

Signe le plus évident de son retour en forme: son service. Le Bâlois a remporté 88% des points sur ses premières balles. A une vitesse moyenne de 116 miles par heure. Contre 105-110 au match précédent. Federer est monté au filet (15 points marqués) Il était alerte sur ses jambes.

Youzhny a beau être un bon joueur de gazon avec des frappes à plat qui font mal, il n’a pu éviter une 14e humiliation en 14 confrontations face au Maître. «J’ai fait de mon mieux», a soufflé le Russe dans un aveu d’impuissance. «Pour moi, Roger n’a pas changé. Il est le même bon joueur aujour­d’hui qu’il y a dix ans ou cinq ans.» Youzhny a même essayé d’implorer l’aide d’André Agassi, présent avec Steffi Graf dans la tribune royale aux côtés du couple princier Kate et William et d’une sacrée brochette d’anciennes gloires du tennis dont Rod Laver, Mark Philippoussis, Peter Fleming, Ion Tiriac, Pam Shriver et d’autres. «J’ai demandé à André de m’aider, a avoué le Russe. Mais mon anglais n’est pas assez bon, je n’ai pas compris ce qu’il m’a répondu.» Il ajouta en riant: «S’il avait été d’accord de m’aider, j’étais prêt à payer l’amende pour infraction à la règle interdisant le coaching sur le court.»

L’anecdote a amusé Federer: «André m’a raconté après le match qu’il lui avait demandé conseil. C’était juste une plaisanterie. Mikhail est un super gars. C’était drôle de le voir s’adresser à la tribune royale.» Lui-même reconnaît avoir été influencé par la présence d’un tel gratin. «Ça m’a sûrement aidé à élever mon niveau. Jouer devant des membres de la famille royale et des légendes de ce sport est une source d’inspiration. J’apprécie le fait que les anciens s’intéressent encore au jeu et viennent nous voir.»

Outre ces considérations mondaines, Federer s’est dit très satisfait de sa prestation du jour: «La façon dont on joue l’un contre l’autre avec Mihkail est un avantage pour moi. Je l’ai fait travailler dur et ai réalisé un très bon match.» Cette qualification pour une 32e demi-finale record en Grand Chelem – il avait égalé Jimmy Connors à Roland-Garros, il l’a désormais dépassé – lui permet de rejoindre le dernier carré de Wimbledon pour la huitième fois, mais la première depuis 2009. Année de son sixième titre sur le gazon anglais…

Nous voilà à nouveau pris en flagrant délit d’analogie avec le passé. Comme si l’on cherchait à s’accrocher à des signes. Et lui, en voit-il? «La comparaison avec 2003 est positive dans la mesure où elle montre que c’est possible d’avoir un petit problème de dos, de revenir et de savoir que tu peux jouer le prochain tour comme si de rien n’était. Ça c’est important. Ce fut le cas en 2003, mais aussi à d’autres reprises. Honnêtement, je regarde rarement en arrière. Cela dit, c’est rassurant de savoir que les choses se sont passées de manière similaire en 2003. Je sais que le dos est quelque chose que je peux gérer et j’étais content de pouvoir me le prouver encore aujourd’hui. Après, la pression était très différente. Je cherchais à atteindre une première demi-finale en Grand Chelem.» Vendredi pour sa 32e, il affrontera Novak Djokovic. Mais ça, c’est une autre histoire…

«C’est rassurant de savoir que les choses se sont passées de manière similaire en 2003»