Joint par téléphone à Sölden, Didier Cuche livre ses impressions en cette entame d'un hiver qu'il espère aussi prospère que le précédent.

Le Temps: Comment s'est passé votre été?

Didier Cuche:Bien. Je m'étais blessé la cheville en VTT au mois de juin, mais j'ai bien guéri. Je l'ai sentie un tout petit peu début août en arrivant en Argentine, mais c'est tout. Nous sommes allés sept jours à Ushuaia puis à Las Lenas pour les entraînements de descente. Que ce soit en juillet en Suisse ou en août en Argentine nous avons bénéficié d'excellentes conditions d'entraînement.

- Avez-vous retrouvé vos sensations de la saison dernière?

- Il m'a fallu reprendre mes marques, mais me je sens bien et me débrouille pas mal. Mais l'entraînement, c'est une chose, la compétition c'en est une autre. Il va falloir réapprendre à skier le couteau entre les dents dès le début de saison.

- Qu'attendez-vous de cette première course dimanche?

- Nous revenons de Saas Fee où nous nous sommes entraînés en géant et cela s'est moins bien passé que je ne l'espérais. Je n'étais pas aussi rapide que les jeunes loups. J'espère qu'ils auront le niveau pour gagner et que je serai juste derrière.

- Ces jeunes loups, ce sont Marc Berthod et Daniel Albrecht...

- Albrecht, Berthod, mais aussi Carlo Janka et Didier Défago. Nous formons un groupe, assez compact.

- Et vos attentes sur l'ensemble de la saison? Allez-vous mettre l'accent sur les Mondiaux de Val-d'Isère?

- Ce serait super de pouvoir mettre l'accent sur ce grand rendez-vous. Mais pour être bon aux Mondiaux, il faut être en confiance et donc bien commencer la saison. Les premières épreuves de Coupe du monde sont importantes. Je n'ai donc pas changé ma préparation, qui a plutôt prouvé son efficacité ces deux dernières années. La tournée américaine (Lake Louise et Beaver Creek) sera essentielle, plus que Sölden où je n'ai jamais bien réussi. Est-ce parce que c'est tôt dans la saison? Toujours est-il que le retour à la compétition n'est pas facile. La gestion de la prise de risque sur la première course n'est pas évidente. C'est difficile de lâcher tout de suite les gaz. C'est une question d'alchimie sur le moment. Il faut se sentir bien sous les skis et donner le maximum au niveau des jambes. Les nerfs jouent aussi un rôle important sur cette première épreuve. Un géant comporte deux manches, il faut donc attaquer sans relâche pour espérer être devant. J'estime que Sölden n'est pas le reflet de la saison. Il faut juste savoir en tirer les bons enseignements.

- Comment voyez-vous la concurrence cette saison?

- Ce sera intéressant de voir comment Svindal se comporte, comment il gère son retour après sa blessure de la saison dernière. Je l'ai vu récemment, il m'a dit qu'il était en forme. Je pense que s'il ne ressent plus aucune douleur et qu'il a retrouvé ses sensations, il sera rapidement aux avant-postes. Il n'y a aucune raison pour qu'il n'y soit pas. Un gars de sa trempe, de sa classe et avec les capacités qui sont les siennes retrouve vite son plus haut niveau. Miller, on le connaît, ce sera tout ou rien comme d'habitude. Quant à Raich, je le sens bien. Il a continué de bosser sur les épreuves de vitesse. Ce sera lui aussi un client pour le classement général.

- Et vous?

- Mathématiquement, c'est faisable. Pratiquement, c'est une autre histoire! Le fait de ne pas faire de slalom me rend la tâche plus difficile. L'an dernier, Miller et Raich n'ont pas réalisé une saison sans faute, loin de là, mais ils étaient quand même souvent devant moi. Je suis obligé de cravacher dans trois disciplines si je veux espérer être de la bagarre. C'est un rêve, mais je n'en fais pas une fixation.

- Avec Miller, vous avez le même équipementier. Vous êtes vous entraînés ensemble?

- Je l'ai croisé, mais on ne s'est pas entraînés ensemble. J'ai entendu dire qu'il avait fait de bons entraînements techniques et qu'il avait moins mis l'accent sur la vitesse. Vu l'évolution de nos skis Head en slalom, il devrait rapidement retrouver un bon niveau en slalom. C'est certain, il sera lui aussi un client sérieux pour le général.

- Etes-vous encore la locomotive de l'équipe suisse ou est-ce que les wagons vous rattrapent?

- Je ne peux pas dire que je suis la loco en géant. Les petits jeunes sont devant. Nous sommes sept à Sölden avec de bonnes cartes en main pour faire quelque chose. En descente et en super-G, c'est assez mélangé entre Hoffmann, Défago, Büchel et moi. Il y a aussi Grünenfelder qui est capable de bons trucs. Nous sommes sur le bon chemin. Il reste à concrétiser sur le terrain.

- Est-ce que vos brillants résultats de la saison dernière vous donnent des ailes ou, au contraire, vous mettent davantage de pression?

- Je me dis que j'ai le droit de faire aussi bien, mais que cela n'est pas une nécessité absolue. Je ne veux pas me mettre trop de pression. Mais je suis devenu gourmand. Et le public aussi. Alors disons que je rêve de faire aussi bien, sans laisser filer le globe de super-G. C'est dans les disciplines de vitesse que je me sens vraiment bien.

- Avez-vous reparlé de cette histoire de globe de super-G au sein de l'équipe?

- Ce globe, j'aurais dû le gagner avant. Je ne peux m'en prendre qu'à moi-même. C'est la preuve que cela se joue tout au long de la saison et non sur la dernière épreuve. Je sais que beaucoup de gens n'ont pas compris pourquoi il n'y avait pas eu de jeu d'équipe à Bormio. Mais, cela reste un sport individuel. Et dans une situation comme ça, c'est à chaque athlète de la gérer comme il le sent. Si j'avais remporté le globe de cette manière, je ne serais pas fier.

- On parle beaucoup de Lara Gut...

- Elle a du potentiel. Elle a énormément de talent techniquement, mais son style est très risqué. J'espère sincèrement que cela ne lui jouera pas des tours. Elle a la fougue de la jeunesse qui lui permet de prendre tout à la légère.