Auteur d'une 25e puis d'une13e places ce week-end à Engelberg, Simmon Amman pointe actuellement au 17e rang de la Coupe du monde de saut à skis. Voilà trois saisons que l'Helvète, trop vite propulsé vers une gloire éphémère, s'évertue à rejoindre l'élite de son sport. En février 2002, alors âgé de 21 ans, «Simi» avait créé une sensation en remportant deux médailles d'or lors des Jeux olympiques de Salt Lake City, aux tremplins de 90 et 120 m. Outre la fierté et l'admiration de ses compatriotes, le sauteur suisse avait provoqué un engouement énorme aux Etats-Unis, où sa candeur et sa physionomie d'enfant avaient charmé les médias et le public. Surnommé «Harry Potter» suite à ses exploits, en raison notamment de la forme de ses lunettes et de l'allure de son manteau, le prodige du Toggenburg avait connu la gloire, enchaînant les talk-shows sur les plateaux TV les plus prestigieux. Et l'Amérique ébahie avait découvert l'histoire insolite de ce petit bonhomme (1,72 m, 55 kg) élevé dans une ferme, sans radio ni télévision.

Restait à confirmer, sur le plan sportif, un sacre extraordinaire et inattendu. «Simon a encore une énorme marge de progression», pronostiquait Jean-Pierre Egger, préparateur physique du sauteur helvétique. Dans un premier temps (jusqu'en septembre 2002), Ammann a effectivement réussi plusieurs sauts encourageants (trois podiums dont une victoire), avant de s'effondrer durablement.

Symbole de cette soudaine déroute, la désillusion du sauteur suisse sur le tremplin d'Engelberg, en décembre 2002 (Ammann s'est classé 35e et 45e), sur les lieux mêmes où ses rêves avaient pris forme, une année plus tôt, quand il était monté sur le podium (7e et 2e place) pour la première fois de sa carrière, deux mois avant son sacre olympique. «J'ai craqué nerveusement», confiera Ammann après son échec, qui n'avait pas supporté les attentes démesurées des médias et du public.

En 2003, il a consacré l'automne à la préparation de sa maturité, galvaudant le reste de sa saison (mais réussissant ses examens): «Durant cette période difficile, je concevais mon sport comme un travail, non plus comme une passion.»

Au crépuscule d'une saison 2003-2004 décevante, Ammann a pourtant redressé la barre de manière spectaculaire. En l'espace de deux semaines (début mars 2004), il a remporté trois deuxièmes places (à Salt Lake City, Lillehammer et Oslo): «A Salt Lake City, le souvenir de ma performance des JO 2002 m'a vraiment aidé. J'aime ce tremplin et je pense qu'un déclic s'est produit à cet instant», confesse Ammann, avant de rappeler «l'importance cruciale du mental» dans la pratique de son sport.

«Acquérir davantage de constance», tel est l'objectif du ressortissant du Toggenburg en ce début de saison. «Après tout, je suis déjà un vieux routinier», ironise-t-il en riant.

Durant l'hiver, Ammann a pris du poids pour se conformer au nouveau règlement de la Fédération internationale de ski (FIS). Afin de lutter contre l'anorexie, le règlement concernant la longueur des skis inclut cette année le poids des sauteurs (en plus de leur taille), ou plus exactement leur indice de masse corporelle (qui se calcule en divisant le poids par la taille au carré). Pour bénéficier de skis de longueur maximale (146% de la grandeur du sauteur), gage d'une meilleure portée, les compétiteurs doivent disposer d'un indice au moins égal à 20 (chaussures et combinaison comprises). «Cette année, j'ai mangé davantage, et j'ai effectué un gros travail physique, notamment durant mon école de recrues à Macolin. Finalement, j'ai réussi à prendre trois kilos.»

Depuis le mois de novembre, Ammann dispose de nouveaux skis, plus rapides: «Je suis très satisfait de mon nouveau matériel. Combinés au facteur poids, ces skis me permettent d'accroître ma vitesse au bas du tremplin. C'est un paramètre important, qui contribue à accroître ma confiance. Je suis optimiste pour la suite de la saison», ajoutait l'ex-jeune espoir, malgré sa performance décevante ce week-end.

«D'ici à deux ans, j'espère lutter avec les meilleurs pour la victoire au classement général de la Coupe du monde. A présent que j'ai achevé mes études et effectué mon école de recrues, je peux me consacrer totalement à mon sport. Cette saison, mon objectif est de faire bonne figure dans la Tournée des quatre tremplins, ainsi qu'aux Championnats du monde d'Oberstdorf, en février 2005. J'ai vraiment hâte d'y être», se réjouit Simon Ammann.

En 2006, Turin accueillera les prochains Jeux olympiques d'hiver. Leur évocation illumine le visage de «Simi», dont les yeux brillent soudain d'un éclat malicieux.