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(De gauche à droite) Anghel Iordanescu, Vladimir Petkovic , Didier Deschamps et Gianni De Biasi, posent pour une photo de groupe au cours de l' EURO de football UEFA 2016.
© JEAN-CHRISTOPHE BOTT

France

La déchéance de la double nationalité, version football

Le sélectionneur Didier Deschamps s’intéresse à un joueur français de Naples en ignorant qu’il est international sénégalais. Une confusion facile

C’est l’histoire de l’arroseur arrosé. Dimanche soir, sur le plateau de l’émission Canal Football Club, Didier Deschamps s’agace qu’on lui parle du défenseur central de l’Athletic Bilbao Aymeric Laporte, très bon en Espagne mais jamais appelé en équipe de France. «Il n’est pas tout seul à son poste, vous savez», explique le sélectionneur des Bleus, un poil hautain. «Il y a Mathieu à Barcelone, il y a Koulibaly… Vous le connaissez Koulibaly? Vous savez où il joue?» «A Naples», répond le présentateur. Sauf que Kalidou Koulibaly, né en 1991 à Saint-Dié dans les Vosges, joue depuis six mois pour l’équipe nationale du Sénégal. La bourde fait depuis rire tout le web.

Au-delà du plaisir furtif de voir Deschamps s’emmêler un peu dans sa comm' d’ordinaire impeccable, l’anecdote est révélatrice d’une situation particulièrement complexe pour les sélectionneurs de tous pays (en Suisse, Vladimir Petkovic vient de confondre Haris Seferovic et Josip Drmic), et de toutes disciplines (l’entraîneur du XV de France Guy Novès a lui convoqué un joueur, Gary Smith, non sélectionnable).

La double nationalité est une donnée très fréquente dans le sport professionnel – et plus encore en football – qui recrute souvent dans les milieux défavorisés, en premier lieu au sein des populations immigrées. Le sport est l’un des rares ascenseurs sociaux en état de marche, reconnaissons-lui ce mérite. Mais cela crée quelques confusions.

Pour résumer, le citoyen Koulibaly peut garder sa double nationalité et le travailleur Koulibaly peut la faire jouer à son avantage pour ne pas être contingenté comme étranger ou extra-communautaire; le champion Koulibaly, lui, est sommé d’en choisir une au détriment de l’autre. L’Ivoirien Didier Drogba, l’Argentin Gonzalo Higuain sont aussi des citoyens français mais, au niveau international, le monde du sport ne reconnaît pas le double passeport.

Ce ne fut pas toujours le cas et Alfredo Di Stefano porta successivement les maillots de l’Argentine, de la Colombie et de l’Espagne. Une règle fut édictée afin d’éviter la marchandisation des équipes nationales. Elle fut assouplie lorsque l’on constata qu’elle empêchait quantité de joueurs africains ou sud-américains de jouer à l’âge adulte pour leur pays d’origine parce qu’ils avaient porté les couleurs, parfois quelques minutes, de leur pays d’adoption en équipes de jeunes.

Aujourd’hui, seule la première sélection en équipe «A» a valeur de choix. Les jeunes peuvent ainsi jouer dans les catégories juniors afin d’acquérir de l’expérience sans hypothéquer leur carrière future. Si le sentiment national ou la pression familiale parlent parfois, c’est bien souvent l’intérêt sportif qui prime. A ce jeu, la Suisse a gagné le Camerounais Breel Embolo mais perdu le Croate Ivan Rakitic. «Un joueur choisira toujours la sélection la plus prestigieuse s’il pense qu’il a une chance de s’y imposer», expliquait récemment au Temps un entraîneur suisse. Il parlait des Albanais de Suisse mais le discours vaut également pour les Africains de France.

Kalidou Koulibaly a joué pour l’équipe de France jusqu’en M20 avant de faire le choix, en septembre 2015, du Sénégal. Comme lui, l’Ivoirien Serge Aurier, les Algériens Ryad Mahrez et Yacine Brahimi, le Marocain Mehdi Benatia ou le Gabonais Pierre-Emerick Aubameyang ont rêvé des Bleus avant de faire le choix inverse. Ont-ils été négligés par les sélectionneurs? On peut rire de la bourde de Didier Deschamps mais d’autres dans le football français se sont sans doute trompés avant lui.

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© JOHN MACDOUGALL