Le FC Bâle poursuivait un double objectif, jeudi soir, face à Heart of Midlothian: empocher trois points précieux dans la course à la qualification pour les seizièmes de finale de la Coupe de l'UEFA et retrouver la confiance qui lui fait défaut depuis plusieurs semaines. Battus (1-2) devant leur public par des Ecossais accrocheurs mais limités, les Rhénans ont failli à leur tâche. Non seulement les «rouge et bleu» n'ont pas su faire fructifier l'excellent match nul ramené de Gelsenkirchen face à Schalke 04 lors de leur première sortie dans ce groupe A, mais ils ont alimenté le doute qui tenaille toute une ville, inquiète de savoir où a bien pu passer son irrésistible «FCB».

Fragilisés par deux dernières prestations en forme de cinglants camouflets – défaite à Schaffhouse en championnat, élimination en Coupe à Thoune –, les joueurs de Christian Gross avaient besoin de se rassurer. Résultat: ils ont quitté la pelouse sous les sifflets d'un public longtemps gâté, donc très exigeant. Conséquence: le champion de Suisse, quoique toujours leader de Super League, s'enfonce lentement mais sûrement dans ce que l'on appelle une crise.

Tout a pourtant plutôt bien commencé pour le «FCB». Dès la 3e minute, une tête de Benjamin Huggel, de retour après trois matches de suspension, donne le ton. Sous l'impulsion du trident argentin composé de Matias Delgado, Julio Hernan Rossi et Christian Gimenez, les occasions se succèdent. Les 21 645 spectateurs – auxquels on retranchera deux milliers de dignes représentants du folklore écossais – attendent avec une certaine confiance le premier but de leur équipe. Mais c'est alors que Dennis Wyness profite des atermoiements de l'arrière-garde bâloise et douche une assistance déjà frigorifiée en ouvrant la marque d'une subtile frappe aux 18 mètres (31e). La réussite du visiteur donne lieu à une invasion partielle et pacifique du terrain par quelques fans britanniques – juste de quoi réchauffer le service d'ordre. Elle sème surtout un trouble plus profond encore dans les encéphales bâlois.

Après avoir fait preuve de sa ferveur habituelle, grogné puis tonné, le Parc Saint-Jacques s'est surpris à réprimander ses favoris, déboussolés par la tournure des événements. Contrôles ratés, passes imprécises et ouvertures dénuées de tout destinataire. Le FC Bâle est manifestement redevenu une équipe moyenne, du moins sur la scène européenne. Tournant de façon stérile autour du bunker valeureusement tenu par les gens d'Edimbourg, la plupart charpentés comme des lanceurs de poutre, les «rouge et noir» ne trouvent pas la solution.

La réaction tant attendue survient tout de même en seconde période. Entré à la place de son compatriote Rossi, le très onéreux Cesar Andres Carignano redonne un semblant de souffle aux siens. A la 74e, sa tête est détournée sur la ligne de but par un défenseur adverse. Mais trois minutes plus tard, lancé en profondeur par Delgado, ledit Carignano égalise. Sentant le vent tourner, flairant la bonne affaire, Bâle accentue sa pression de façon désordonnée. Mais la récompense ne tombe pas. Pis, le retour de bâton claque sous les yeux d'un public pétrifié: sur un mauvais renvoi de la défense rhénane, Robbie Neilson porte l'estocade à la 89e.

«Il ne faut pas jeter la pierre à cette équipe qui est jeune et en phase de construction, martelait Christian Gross avant le coup d'envoi. Nous sortons d'une profonde déception en Coupe, mais la situation n'est pas inquiétante.» Le coach bâlois aura-t-il changé d'avis une mortifiante défaite plus tard? Toujours est-il que son équipe devra se reprendre mercredi prochain à Budapest face au Ferencvaros pour espérer décrocher une qualification indispensable pour un club de ce standing. Et si tel ne devait pas être le cas, la crise serait officiellement déclarée du côté du Parc Saint-Jacques.