TENNIS

Les défauts de la pugnacité féminine garantie d'usine

A l'US Open, la qualité du tournoi féminin est sévèrement critiquée. Les joueuses cognent fort, mais durent peu.

En ce vendredi caniculaire, les poètes ont pris leur après-midi. Les demi-finales féminines n'éveilleront qu'un intérêt subsidiaire, voire un rejet idéologique, dans la veine du pamphlet misogyne commis par Mats Wilander: «La qualité du jeu féminin est terrible, commente l'ancien champion. Si Steffi Graf revenait avec sa vieille raquette, elle battrait toutes ces filles. Or moi, si je revenais, je gagnerais un ou deux jeux par set, au mieux. Les joueuses sont devenues de meilleures athlètes, elles frappent fort, mais personne ne leur a enseigné le tennis.»

Dans le monde sans pitié des cogneuses en jupette, il n'existe pas de plan B ou, plutôt, pas d'outils pour le mettre en œuvre. Les académies reproduisent une véhémence schématique, indépendamment des qualités de l'athlète et des inclinations de l'individu. «Ces filles ne sont pas venues au tennis par plaisir, mais pour subvenir aux besoins de leur famille. Leur démarche est existentielle», observe Mats Wilander.

Cette chaîne alimentaire renouvelle la pugnacité XX en des centaines d'exemplaires, toutes garanties d'usine, souvent enrobées de blondeur ingénue et de vaillance machinale. Voici venu le temps des clones tristes: de leurs bras chétifs jaillissent des décharges continues de gauche-droite, tennis monosyllabique - pan! - rythmé par des couinements querelleurs - han! - agrémenté de métaphores botaniques - pruneaux, châtaignes, pralines.

Destins symétriques

Les demi-finales opposeront la pionnière Serena Williams à l'impitoyable Dinara Safina, la championne éprouvette Elena Dementieva à la revancharde Jelena Jankovic. Les poètes ont déjà disparu: il ne se passera rien, disent-ils. Justine Henin, avant de finir épuisée, conciliait la puissance - au prix fort - à une habileté manœuvrière sans limite, que ses rivales post-pubères ont réduite à l'état de salves.

Elles sourient comme Mère Teresa et toisent comme Mike Tyson. Elles sont unifiées dans l'étripée confraternelle des poupées flingueuses: obédience utilitaire nappée de vénusté lucrative, destins oniriques et symétriques, jeu stéréotypé, dépouillé, formaté. Denrée périssable: lundi, le circuit WTA élira sa cinquième numéro un mondiale de l'année, à définir entre quatre candidates potentielles.

«Nous vivons un changement de garde et ces fluctuations dureront deux à trois ans, évalue Sven Groeneveld, coach du bataillon Adidas. Quoi qu'il en soit, les dominations seront moins longues qu'autrefois. Il est difficile de maintenir une telle intensité dans la durée, avec la répétition des efforts et des matches à enjeux.» Amélie Mauresmo ne croit pas davantage à de nouvelles rivalités bicéphales, comme au temps d'Evert-Navratilova ou de Graf-Seles: «Les filles prennent leur retraite vers 25 ans. Au sommet, peu tiennent la distance car les exigences physiques et mentales ont considérablement évolué.» Mats Wilander encore: «Je pense profondément que le tennis féminin s'enlise.» Amis de la poésie, bon après-midi.

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