On comptait sur eux. Ils ne déçoivent pas. L'équipage du défi français pour la Coupe de l'America domine pour l'instant le Grand Prix des Maxi One Design qui se déroule ces jours-ci à Lorient, avec trois victoires et une seconde place sur les quatre manches courues mardi et mercredi.

Le temps de ce Grand Prix, Bertrand Pacé, le barreur, Thierry Péponnet, le tacticien, Marcel Van Triest, le navigateur, et tous les équipiers du défi français sont passés de Sixième Sens – leur Class America flambant neuf sur lequel ils s'entraînent depuis le 19 juin dernier à Lorient – au Maxi One Design qui porte les couleurs du défi pendant tout l'Adecco World Championship. Le bateau est skippé et barré par Jules Mazars lors des épreuves auxquelles ne peut pas participer le noyau dur de l'équipe navigante du défi français, faute de temps. «Nous avons participé aux manches d'avant la mise à l'eau de Sixième Sens et à celle-ci parce que nous sommes chez nous. Mais nous ne ferons par le Fastnet la semaine prochaine, explique Bertrand Pacé. Nous le regrettons, car ce championnat est de haut niveau, mais nous avons fait des choix et nous devons nous y tenir.»

La démonstration des Français à Lorient prouve que les semaines d'entraînement ont porté leurs fruits. «Nous avons pris de bons départs, du bon côté, et avec une bonne vitesse. Un gage de réussite sur des parcours olympiques. Cela vous place tout de suite en tête de la flotte, commente le barreur français. D'autre part, les membres de l'équipage ont beaucoup progressé sur le plan de la vitesse de réglage, du dialogue et de la concentration. Même s'il reste encore pas mal de boulot en vue de la Coupe de l'America.»

Travail payant

Le tacticien, Thierry Péponnet, partage cet avis. «Bons départs, bonne vitesse, ça rend forcément intelligent, plaisante le champion olympique. Nous avons progressé en coordination et en communication de la cellule arrière (n.d.l.r.: barreur-tacticien-navigateur). Nous nous entraînons ensemble depuis un mois. Régater ensemble nous permet de faire le point sur notre progression.»

Pacé et Péponnet sont surtout ravis que les organisateurs de l'Adecco World Championship aient renoncé à l'utilisation du système de ballasts pour les parcours olympiques (lire ci-dessous). Les Français avaient connu de sérieux problèmes de ballast à Scheveningen, en Hollande, lors de la première épreuve de ce championnat des Maxi One Design, et ils s'en étaient plaints. «Le jeu est plus équitable sans les ballasts. C'est de la vraie régate. On s'exprime davantage. On n'a pas besoin d'attendre deux minutes pour virer, le temps que le transfert de ballast soit terminé. On voit une risée et on l'exploite instantanément», explique Thierry Péponnet.

A bord du voilier suisse d'Ernesto Bertarelli, les préoccupations sont autres. Le maître mot: «Cohésion d'équipage». Après une mauvaise première journée, l'équipage a signé mercredi une belle deuxième place dans la première manche, avant de terminer sixième dans la seconde. «Nous avons opté pour une formule qui consiste à faire naviguer des amateurs avec un important turnover tout au long de la saison. Cela nous oblige à reprendre constamment nos marques, reconnaît Bertarelli. Le niveau est élevé, nous avons affaire à des pros, et la moindre petite erreur est fatale. Comme le refus de tribord du premier jour, qui nous a valu un 360° (n.d.l.r.: réparation sur l'eau d'une faute commise) et par conséquent une rétrogadation de la deuxième à la dernière place. Mais nous sommes contents d'être dans le coup comme aujourd'hui, car les équipages se sont renforcés. Personnellement, je n'ai jamais autant progressé que depuis le début de saison.» Et ce malgré «le manque d'expérience et de coordination» qu'invoque Christian Wahl, permanent sur le voilier suisse avec Pierre-Yves Jorand.

L'actuel leader du classement général de l'Adecco World Championship, le voilier européen Skandia, mené par le Finlandais Ludde Ingvall, occupe pour l'instant la troisième place du classement de ce Grand Prix de Lorient. «C'est le bateau le plus rapide de la flotte», estime Bertrand Pacé. Le bateau européen est talonné au classement général par le voilier néo-zélandais de Ross Field, deuxième ici à Lorient. Bref, rien n'est encore joué, d'autant que la dernière manche du championnat, la course du Fastnet entre Cowes (île de Wight) et Plymouth, est de coefficient 2. La lutte pour les 600 000 francs suisses alloués au vainqueur s'annonce serrée.