Le but en or grâce auquel la France a conservé la Coupe des Confédérations à la septième minute de la prolongation s'appelle aussi le but de la mort. Quand Thierry Henry dévie du genou une passe fuyante adressée de la droite par Lilian Thuram dans la cage du gardien camerounais, il commence par exploser, saute par-dessus les panneaux publicitaires placés derrière le but. Et, soudain, son visage se fige, son sourire s'éteint; il interrompt sa course, fait une volte-face et revient tête basse vers le terrain.

La finale de la Coupe des Confédérations n'était pas un match comme les autres. C'était un deuil, une cérémonie en l'honneur de Marc-Vivien Foé, terrassé pour une raison encore inconnue au centre de la pelouse du Stade Gerland de Lyon, jeudi dernier. En l'honneur de sa veuve aussi, en larmes dans la tribune officielle.

Le France - Cameroun de dimanche restera dans la mémoire de ceux qui y ont assisté. Ce n'était pas un match amical, même s'il y avait de l'amitié entre tous ces joueurs qui se connaissaient et qui connaissaient tous Marc-Vivien Foé. Ce n'était pas non plus un match manqué par des joueurs qui auraient voulu respecter la fiction de la compétition, mais n'y réussissaient pas. C'était autre chose. Les joueurs ne s'engageaient pas à fond, non parce qu'ils ne le pouvaient pas, mais parce que quelque chose en eux ne le voulait pas. C'était un match de la retenue, comme dans un cimetière où l'on contient sa voix, où l'on ne laisse pas entièrement la vie vivre en soi pour respecter les morts. Même les cris venus des tribunes étaient étouffés par l'étrange cérémonie qui avait lieu sur le terrain.

A la fin du match, après la distribution des médailles qui s'est faite en silence, tous les joueurs ont accompli lentement un tour du terrain derrière une grande photographie de Marc-Vivien Foé. Image d'un cortège funèbre qui conduit le cercueil de la maison jusqu'à la tombe.