revue de presse

Del Potro piétine la légende

Federer battu, qui l’eût cru? Le jeune papa permet à l’Argentin de réaliser son «rêve d’enfant»

Le tennisman argentin a montré, dans la nuit de lundi à mardi, que gagner consécutivement six tournois de rang du Grand Chelem demeure un impossible exploit.

De toutes parts, la formule bourgeonnait mardi matin dans vos journaux: «A l’heure où nous mettons sous presse»… «la finale de l’US Open n’est pas terminée. Federer a remporté le premier set, mais Del Potro a remporté le second» (Tribune de Genève). Tout est à refaire. Et «il fallait bien que cela arrivât […]. Invaincu depuis plus de 2000 jours à Flushing Meadows, Roger Federer a trouvé son maître lundi», écrit sur son site le quotidien genevois. Même analyse dans les New York Daily News: «On savait que Roger Federer, un jour, ne remporterait pas l’US Open. On ne savait juste pas quand.» Maintenant, on le sait.

Le journal gratuit 20 Minutes était, lui, encore plus audacieux vu l’incertitude inhérente aux heures de bouclage: «A l’heure où nous mettons sous presse, le Bâlois («encore et toujours numéro un»…) dominait largement son adversaire.» Mais plus tard, après avoir «exécuté» Rafael Nadal en demi-finale, ce diable de Juan Martin Del Potro a montré que gagner six tournois de rang du Grand Chelem demeure un impossible exploit. Quoique le jeune papa fasse «contre mauvaise fortune bon cœur», après cette finale que le New York Times qualifie d’«intense».

«Roger Federer lost», écrit pour sa part, dans un seul paragraphe de trois mots – clair comme l’eau de roche – le Los Angeles Times, marquant bien par cette formule le côté totalement inattendu de la contre-performance du Bâlois. «Qui pouvait l’imaginer?» renchérit pour sa part la Pittsburgh Post Gazette. Et pour L’Equipe, l’Argentin «réalise son rêve d’enfant. […] A 20 ans, le futur 5e mondial est doublement atypique avec sa taille de basketteur et sa passion pour l’US Open quand tous ses compatriotes pensent à Roland-Garros.»

En «détrônant Federer» ( El Universal de Caracas), «Del Potro marche sur la légende»: jolie formule que celle d’Eurosport, qui nous fait par ailleurs le coup de la statistique la plus absurde qu’on puisse imaginer. Del Potro «est désormais le plus grand joueur par la taille (1,98 m) à remporter un tournoi du Grand Chelem». Tout en reconnaissant qu’«il serait cruel de ne retenir que ça» dans ce monde presque enfantin, cruel, du tennis de très haut niveau, que le Wall Street Journal résume avec humour en écrivant: «Del Potro Crashes Roger’s Party». Le vilain. Résultat: «Federer K. O.», simplifie, dans un autre résumé impitoyable, Tuttosport.

C’était «todo o nada», tout ou rien, écrit pour sa part le quotidien sportif espagnol Marca, pour lequel Juan Manuel Del Potro n’avait rien à perdre. Il remporte ainsi «le titre de sa vie», écrit, en Argentine, La Gaceta Tucumán. C’est aussi «son plus grand exploit», aux dires d’ El Siglo de Tucumán, tout comme pour La Razón.

Une victoire «historique», selon le journal La Capital de Rosario, pour ce jeune joueur. Il a mis le Suisse «à genoux», conclut le Blick, qui relate aussi ce moment clé où le Bâlois perdit ses nerfs, très agacé après une décision de l’arbitre, auquel il répondit sans mâcher ses mots: «Mir ist scheissegal, was Del Potro sagt.» En français, cela donne, relaté (et censuré!) par le site d’information canadien RDS: «Federer a tenu des propos agressifs envers l’arbitre en chef Jake Garner durant un changement de côté […]. Il alléguait que son adversaire […] disposait de trop de temps pour contester une décision d’un juge de ligne. «Je n’ai pas pu contester une décision après deux secondes, a lancé Federer. L’autre gars a pris, genre, 10 secondes.» [Il] a enchaîné en utilisant un langage grossier en s’adressant directement à Garner: «Ne me dites pas de me taire, d’accord? Si je veux parler, je parle. Je me… de ce qu’il a dit.» Les micros de la chaîne américaine CBS ont capté cet échange» peu conforme aux habituelles élégances de Rodgeur.

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