Les débuts de Delémont en Ligue nationale A ont été marqués par un coup de gueule du président du club jurassien Pierre Willemin, exprimé dans le programme de match: «Nous nous sommes battus dans la jungle des managers où tous les coups sont permis et seul le fric compte; alors que l'on pensait reconduire l'équipe qui a été promue en Ligue A, nous avons dû déchanter.» Le président voulait, avant le coup d'envoi du championnat, s'excuser par avance de la modestie de son équipe.

Pierre Willemin a vu juste. Entre le néopromu Delémont affaibli et le champion en titre Servette, renforcé, il y a une classe de différence. Le score de 3 à 1 pour l'équipe genevoise reflète les forces en présence.

Crispé, recroquevillé en défense, Delémont a d'abord regardé Servette installer sa domination. L'équipe genevoise, largement supérieure à mi-terrain, dispose en outre d'une grande force en attaque, via ses deux ailiers Varela et Petrov. Personne n'a crié au scandale lorsque le Bulgare a ouvert la marque au quart d'heure. Le champion s'est alors endormi sur des lauriers bien fragiles.

Le patron de l'équipe delémontaine Romano a exhorté ses troupes à faire montre de cran. Il a lui-même montré l'exemple. Poussé par la plus grande partie des 4680 spectateurs, Delémont a montré le bout de son nez. Avec maladresse parfois, de manière désordonnée souvent, avec culot aussi. L'audace a payé. Celui que ses camarades appellent «le président du Burundi», Nahimana, a offert aux Jurassiens leur première réussite en Ligue A. Les applaudissements nourris du public démontrent que ce but constitue déjà une grosse satisfaction.

Après avoir dû subir la douche orageuse tombée du ciel, le public jurassien a ensuite encaissé une douche glacée. Septante-huit secondes de jeu en deuxième mi-temps: Petrov a ravi tout espoir à Delémont. Ce même Petrov a scellé le score après une heure de jeu.

Même s'il a tenté un baroud d'honneur en fin de match, a montré qu'il avait du cœur, même dans la défaite, Delémont n'a souvent eu que sa bonne volonté à opposer au talent et à l'organisation supérieure de l'équipe de Castella. Qui n'a pas eu à trop se dépenser pour montrer qui est le plus fort et éviter adroitement l'écueil delémontain.

Malgré la défaite, le public jurassien a applaudi son équipe. Pour avoir inscrit un but, pour avoir tenté des actions offensives, pour ne pas s'être résignée en fin de rencontre. Les supporters jurassiens ont visiblement appris à devoir se contenter d'un bon spectacle et d'une prestation honorable de leurs favoris. Et tant pis pour le résultat.