Tennis

Le déménagement pluvieux du Ladies Open

Le tournoi WTA a déménagé des salles de Bienne aux courts extérieurs de Lugano pour offrir aux joueuses la terre battue qu’elles souhaitent à cette saison, mais des conditions dantesques chamboulent le programme. Reportage

En empruntant le tunnel du Gothard cette semaine, on passe du soleil à la grisaille. Mais pour faire mentir les clichés, les nuages sont cette fois côté tessinois. Depuis quelques jours, la pluie joue le rôle de l'invitée surprise et pas vraiment désirée sur les courts du TC Lido, à Lugano, qui accueille le Ladies Open, le premier tournoi WTA depuis trente-deux ans.

L'an dernier, il s'était déroulé en salle, à Bienne. Ironie du sort, c'est notamment le climat clément du Tessin qui a inspiré son déménagement à l'organisateur InfrontRingier (qui planifie aussi le Tour de Suisse cycliste, la Coupe de Suisse de hockey sur glace et assure la commercialisation de la Super League et de la Challenge League de football).

Mais la présidente du Ladies Open, Geraldine Dondit, ne se laisse pas décourager par cette première difficile. «Nous souhaitons pérenniser le tournoi ici. Le cadre est magnifique, et il y a tout ce qu'il faut pour organiser des événements en marge, comme le tournoi de golf prévu ce vendredi. C'est une partie importante de notre stratégie, car c'est difficile de «vendre» le tennis seul aujourd'hui. Il faut donner aux gens plusieurs raisons de se déplacer.»

A Bienne, l'implantation du tournoi s'était révélée peu concluante. «Il y avait eu trop peu de monde dans les tribunes, et le plateau n'était pas assez relevé, constate l'organisatrice. Au printemps, avec Roland-Garros qui approche, c'est important de pouvoir jouer dehors sur terre battue.» C'est ce que les joueuses veulent.

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Cette année, point de championne de la trempe de Chris Evert (titrée deux fois à Lugano dans les années 1980), mais le plateau reste plus attractif que celui réuni dans le Seeland en 2017. Les meilleures joueuses suisses, Timea Bacsinszky et Belinda Bencic, blessées, ont déclaré forfait à la dernière minute mais le tournoi peut compter sur trois joueuses du top 30 mondial: Svetlana Kuznetsova (deux titres en Grand Chelem dans les années 2000), Kristina Mladenovic et Elise Mertens. Seule cette dernière a survécu à un premier tour disputé tant bien que mal dans des conditions dantesques.

Quatre tribunes métalliques entourent le court qui jouxte la piscine municipale, en faisant le «central» du tournoi. En ce début de mercredi après-midi, Alizé Cornet, 35e mondiale, affronte la jeune Biennoise Jil Teichmann (20 ans). Les deux joueuses gratifient le maigre public qui a bravé la pluie de longs échanges et de nombreux breaks. Après avoir remporté la première manche au jeu décisif, la bouillante Française interpelle l'arbitre de chaise: «Ça devient dangereux, c'est le moment d'arrêter!» Ce n'est pas l'avis de l'officiel. Cornet fait le poing dans la poche, et les points tout court: elle remporte le deuxième set 6-0, vite fait bien fait. 

Dans l'anonymat de Cureglia

Tant mieux pour le bon déroulement du tournoi: le timing commence à être serré. On joue toujours le premier tour, et les prévisions météo pour les prochaines 24 heures sont catastrophiques. Voilà d'ailleurs qu'elles se vérifient. Les organisateurs décident, pour ne pas prendre trop de retard, de programmer les matches suivants en salle à 5 kilomètres de là, sur les courts du TC Cureglia. Sans public, sans média par manque de place et sans couverture TV.

«C'est une décision totalement improvisée, explique Geraldine Dondit. Cela manque un peu de dégagement et l'éclairage n'est pas terrible, mais cela semble convenir aux joueuses. Si on veut avoir une chance de jouer la finale dimanche, il n'y a pas le choix. On était préparés à ce qu'il pleuve un peu, mais à ce point-là, ce n'est vraiment pas de chance...»

Pour cette première au Tessin, les organisateurs en sont encore à apprivoiser les lieux. «Pour économiser un peu d'argent, on n'a par exemple pas prévu de bâches pour les courts annexes. Mais avec tout ce qui tombe ces jours, cela forme des flaques et il faut deux ou trois heures sans pluie pour qu'ils soient jouables, explique la responsable. Il faut sans cesse changer nos plans, avertir tout le monde du nouveau programme, organiser le transport des joueuses et du staff jusqu'à Cureglia, etc. Pour moi qui suis salariée et travaille pour ce tournoi toute l'année, ce n'est pas un problème, mais pour les 150 bénévoles qui doivent attendre de longues heures sans rien faire pour finalement travailler jusque tard le soir, c'est vraiment dur.»

Attendre, tout un art

Pour les joueuses aussi. Les Suissesses sont au nombre de trois dans le tableau principal. Toutes classées au-delà de la centième place mondiale, elles ont à Lugano une chance en or de disputer un tournoi WTA et de gagner des points importants sans passer par les qualifications, grâce aux wild cards des organisateurs. Viktorija Golubic (battue en trois sets par Danka Kovinic) et Jil Teichmann n'ont pas su en profiter, mais l'Argovienne Stefanie Vögele (WTA 119) a parfaitement saisi sa chance, se qualifiant pour les huitièmes de finale en battant la Polonaise Magdalena Frech 6-3 6-3.

Une victoire facile, mais sur deux jours, car le match, interrompu par la pluie à 6-3 1-0 mercredi, n'a pu se terminer que jeudi en début d'après-midi, lorsque le ciel s'est enfin éclairci. «C'est toujours dur de devoir s'arrêter lorsqu'on est dans une bonne dynamique, car on ne sait jamais si on va pouvoir la retrouver le lendemain, confie la joueuse de 28 ans. On est habituées à dépendre de la météo, mais ici elle est très instable. On ne sait pas du tout quand on va pouvoir jouer, et c'est difficile de se maintenir sous tension.»

Il n'y a pas d'autre option que d'attendre. Tout un art. «Pour gérer, j'essaie de me relaxer, de faire des siestes, de lire, etc. Ici en Suisse, c'est plus facile car ma famille et mes amis sont là, et je peux passer le temps avec eux durant les interruptions», décrit-elle.

Le ciel restera encore capricieux ce vendredi mais le week-end s'annonce presque sec. «C'est très bien en vue des prochaines éditions, car le public va repartir avec une dernière impression positive. J'espère que cela va aider à populariser le tournoi», conclut Geraldine Dondit.

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