Les deux clubs les plus titrés des demi-finales de la Ligue des champions qui se jouent ce mercredi – la Juventus de Turin et le Bayern de Munich – vont-ils se sortir du piège qui leur est tendu sur les terrains de Manchester United et du Dynamo Kiev?

La Juve a six victoires en Coupe d'Europe – 1985 et 1996 dans la plus importante, 1977, 1990 et 1993 en Coupe de l'UEFA, 1984 en Coupe des vainqueurs de coupe – et le Bayern cinq – 1974, 1975, 1976, un fabuleux triplé dans ce qui s'appelait encore la Coupe des champions, 1996 en Coupe de l'UEFA, 1967 en Coupe des vainqueurs de coupe. Ce prestigieux passé ne leur servira pas forcément dans leur duel avec Kiev (deux fois vainqueur en Coupe des coupes – 1975, 1986) et Manchester United (Coupe des champions en 1968 et Coupe des vainqueurs de coupe de 1991).

Les exploits réalisés au tour précédent et l'avantage du terrain parlent au premier abord en faveur de Kiev et Manchester.

Kiev s'est défait du Real Madrid. Mais plus encore que l'élimination du tenant du titre, le Dynamo a démontré une formidable vitalité, une capacité à se déployer sur le terrain à vive allure et une organisation de jeux remarquable. Le président du club ukrainien, à la façon d'un général fier de ses troupes, déclarait à la fin du match: «Quand on veut, on peut!» Facile à dire après la qualification; mais le président voyait sans doute plus loin, car, en plus de la volonté, il sait qu'il peut compter sur un joueur exceptionnel, Andreï Chevtchenko, capable de déséquilibrer à tout moment la défense adverse (lire ci-dessus).

Kiev rencontre le Bayern de Munich qui domine son championnat (15 points d'avance sur son second, Leverkusen) et s'est qualifié en finale de Coupe d'Allemagne. Le match nul de ce week-end sur le terrain de Borussia Dortmund n'est pas aussi inquiétant que l'absence de Bixente Lizarazu, Giovane Elber et Mario Basler – qui peine à revenir en forme depuis sa blessure du 17 mars dernier, lors du tour précédent de Ligue des champions. L'entraîneur des Bavarois, Ottmar Hitzfeld, sait qu'il lui faudra contrer les avants de Kiev (Chevtchenko et Rebrov), et il compte sur l'inamovible Lothar Matthaeus qu'il placera devant sa défense. A 38 ans, ce dernier sera le plus âgé des joueurs engagés dans les demi-finales, et si l'expérience lui a permis de durer, elle ne l'a pas rendu modeste, puisqu'il se définit ainsi, en parlant de lui-même à la troisième personne: «Un chef de file dont n'importe quelle équipe a besoin.»

Avant le match contre Manchester United, les joueurs de la Juventus ne font pas non plus dans la modestie. Didier Deschamps déclarait à l'hebdomadaire France-Football, après la qualification obtenue in extremis contre l'Olympiakos (85e minute du match retour): «A la Juve, on sait que rien n'est impossible, c'est en nous, et on le prouve assez souvent. On a gagné ou redressé des situations difficiles alors qu'on évoluait à dix. […] C'est la force intérieure du club, de l'équipe qui veut ça.» Il est vrai que le club italien revient de loin, après un début de championnat difficile. Depuis l'arrivée d'un nouvel entraîneur, Carlo Ancelotti, la Juve a cessé de traîner sa peine sur les pelouses. Zinedine Zidane, remis d'une blessure, jouera. Zidane est aussi pétri de certitudes que son compère de l'équipe de France: «Nous méritons le succès en Ligue des champions», a-t-il affirmé aux journalistes de La Gazzetta dello Sport. Il faudra d'abord résister aux deux avants de pointe percutants de Manchester, Dwight Yorke et Andy Cole, et surtout aux traits de génie de David Beckham. Ces trois joueurs ont été éblouissants lors du tour précédent contre l'Inter de Milan et sont bien décidés à conquérir le titre suprême européen pour le club le plus riche du monde.