A l’impossible nul n’est tenu. Le «Docteur» n’a pu mener à bien l’opération la plus délicate de sa carrière. Condamné à s’élancer du fond de la grille de départ après son accrochage avec Marc Márquez à Sepang, Valentino Rossi n’a pas remporté son dixième titre de champion du monde à Valence. Il s’est fait l’auteur de la remontée spectaculaire que ses supporters attendaient de lui: il était quinzième après un tour, neuvième après trois, quatrième après douze. Mais le trio de tête était déjà trop loin. Pedrosa, Márquez et Lorenzo roulaient plus vite que lui, dix secondes devant lui. Son destin lui a glissé des mains. Pour qu’il soit sacré, les deux Honda devaient battre la Yamaha de son coéquipier Lorenzo. La lutte a été belle, incertaine, mais Valentino Rossi a été déchu de la place de leader du classement qu’il avait occupée toute la saison.

«Si Lorenzo gagne, on dira d’abord que Rossi a perdu», annonçait Fred Corminboeuf, directeur du team des Suisses Lüthi, Aegerter et Mulhauser en Moto2. Il avait donc raison. Trois Espagnols sur le podium du Grand Prix de Valence et la foule éructe son soutien à «Vale». Un champion du monde à fêter et le public consacre de l’énergie à siffler Marc Márquez lorsqu’il arrive sur le podium. La bataille entre le prodige de 22 ans et la légende de 36 ans était encore dans tous les esprits. Le duel sur la piste de Sepang, la chute de Márquez, la sanction contre Rossi, la polémique qui a suivi. Elle s’est prolongée jusqu’à dimanche, Rossi accusant Márquez de ne pas avoir joué sa carte à fond. Le clash a éclipsé le retour au top de Dani Pedrosa et la perspective d’un nouveau titre de Jorge Lorenzo. Il a confisqué la lumière. Il est temps de la rendre au nouveau champion du monde.

Sept victoires cette saison

Né à Majorque en 1987, une année après Rafael Nadal, Jorge Lorenzo a été réduit ces deux dernières semaines à un second rôle qui ne lui sied pas. Dimanche, il a remporté son troisième dans la catégorie reine après ceux de 2010 et 2012, son cinquième sacre mondial toutes catégories confondues; Marc Márquez n’en compte que quatre. En 2015, il a gagné sept des dix-huit Grand Prix; trois de plus que Valentino Rossi. Il demeurait en embuscade au général à cause d’un début de saison moyen (deux quatrièmes places, une cinquième) et d’un abandon à Saint-Marin, pendant que la régularité du «Docteur» lui permettait de faire la course en tête.

A Valence, Jorge Lorenzo a joué une partition sans fausse note. Lors des essais, il a battu le record du meilleur tour de la piste. Il s’est élancé en pole position. Surtout, il a réussi une course idéale, résistant à la pression de ses deux compatriotes Marc Márquez et Dani Pedrosa, très forte dans les derniers tours. «J’étais focalisé sur le fait d’aller le plus vite possible, a-t-il déclaré à l’arrivée. Je ne voyais pas forcément le nombre de tours qu’il restait à parcourir.» Le pilote a impressionné jusqu’à ses rivaux. Marc Márquez a reconnu qu’en début de course, il avait dû s’accrocher pour suivre le rythme. Même Rossi a déclaré que Lorenzo méritait le titre.

Des mots très durs

Le Majorquin a ainsi montré sur la piste qu’il était un grand champion. Durant les deux semaines écoulées et alors que le monde de la moto n’avait d’yeux que pour l’affaire Rossi-Márquez, il a aussi affiché une personnalité forte, n’hésitant pas à prendre position. Il a condamné le comportement sur la piste de Valentino Rossi, qui est pourtant son coéquipier chez Yamaha, avec des mots très durs. Pour lui, l’aura de l’Italien lui avait valu de ne pas être sanctionné plus sévèrement. «Beaucoup de monde va perdre son respect pour lui en tant que sportif», avait-il déclaré. Par le biais de ses avocats, il avait ensuite fait une demande d’intervention en tant que «tierce partie pouvant être affectée» auprès du Tribunal arbitral du sport, auprès duquel Rossi avait fait appel de sa sanction. Une démarche dont il n’avait pas mis au courant son équipe, mais qui n’a pas abouti.

Une question se posera ainsi ces prochaines semaines, en dépit de fait que tous les contrats sont signés: les deux hommes pourront-ils continuer des cohabiter? La saison prochaine est déjà lancée.