Peu d’entraîneurs noirs en Ligue 1, un problème?

Football Antoine Kombouaré est l’exception

Après l’affaire des écoutes révélée par Mediapart en 2011 (certains dirigeants voulaient «moins de Noirs en équipe de France»), après les propos litigieux de l’entraîneur de Bordeaux Willy Sagnol sur les caractéristiques du «joueur africain», L’Equipe posait hier la question du faible nombre d’entraîneurs noirs. Il n’y en a qu’un, Antoine Kombouaré (RC Lens), sur les 20 de Ligue 1. «Des bancs un peu trop blancs», titre le quotidien sportif. C’est oublier qu’il n’y a que 4 à 5% de personnes de couleur en France et que 1 sur 20, cela représente 5%.

C’est oublier aussi qu’avant son limogeage, Claude Makelele (Bastia) faisait monter les stats à 2 sur 20, 10%. Et que Jean Tigana s’est retiré du circuit en 2011 après une expérience ratée à Bordeaux. C’est oublier enfin qu’on ne peut pas parler de «mérite» lorsqu’il y a 8 joueurs de couleur sur 11 chez les Bleus et de «racisme» quand il n’y a qu’un entraîneur sur 20. Dans les deux cas, les raisons sont sportives, culturelles, historiques.

Le football français représente parfaitement la société française sur un point: c’est la première embauche qui est la plus difficile. Parmi les 167 entraîneurs sans club référencés par le syndicat Unecatef, on trouve 20 personnes d’origine africaine (12%). Une seule possède un passé de joueur de haut niveau: Claude Makelele. Le milieu fonctionne au réseau, aux relations. Lorsqu’un entraîneur saute, c’est souvent l’adjoint qui le remplace: Printant à Bastia, Ripoll à Lorient, Guégan à Reims.

Où sont Henry et Thuram?

Bien sûr, il y a beaucoup plus que 5% de joueurs de couleur en Ligue 1. Là encore, pour des raisons économiques, historiques, sociales. Le phénomène est relativement récent (une vingtaine d’années) et se répercutera tôt ou tard sur les bancs de touche. Si l’on prend la volée France 98, seuls Deschamps et Blanc sont devenus des entraîneurs reconnus. Des huit joueurs noirs ou beurs, deux, Zidane et Diomède, se sont lancés (tardivement) dans la carrière.

Bref, les mentalités évoluent. Enfin, pas sûr… Il fut un temps où Kader Firoud et Marius Trésor détenaient les records de longévité sur un banc de touche et en équipe de France dans l’indifférence générale.