«Allez Riri!» «Richard, on t'aime!» Les milliers de pan- cartes brandies sur les routes du Tour de France seront cette année bonnes pour la cave. Richard Virenque, l'idole des foules, l'abonné du maillot à pois du meilleur grimpeur, ne participera pas à la Grande Boucle 2001. La décision est définitivement tombée lundi. En confirmant la suspension de neuf mois pour dopage infligée le 29 décembre par Swiss Cycling, la fédération suisse de cyclisme, au coureur français, le Tribunal arbitral du sport (TAS) a mis fin à un long suspense. Et a probablement aussi plongé une grande partie de la France cycliste dans le désespoir.

Reste que si le Tour échappe pour la seconde fois – il avait été exclu avec l'équipe Festina en 1998 –, Richard Virenque peut garder l'espoir de remonter un jour sur un vélo en compétition. Car dans son jugement, le TAS a quelque peu adouci la sanction. Il a en effet considéré que le Français avait déjà purgé une partie de sa peine antérieurement. Les juges lausannois ont tenu compte des seize jours de course perdus juste après l'éclatement de l'affaire Festina et de la suspension d'un mois infligée par la formation Polti à Richard Virenque en février 1999. Ils ont également fixé le début de la sanction actuellement en cours au 1er janvier 2001, alors que Swiss Cycling, conformément au règlement de l'Union cycliste internationale, l'avait agendée au 1er février 2001, date officielle de l'ouverture de la saison sur route. Les trois arbitres de Lausanne – Gérard Rasquin (Lux), Me Luc Argand et Me Olivier Carrard (Suisse) – ont ainsi appliqué les règles en vigueur au moment des faits incriminés, soit en 1998. La même règle avait été appliquée par l'UCI au moment de sanctionner Laurent Dufaux, Alex Zülle et Armin Meier, après leurs aveux du mois de juillet 1998.

Plus concrètement, ce mélange de calculs savants et de considération juridique a amené le TAS a ramené la fin de la suspension de Richard Virenque au 14 août 2001. Le Français ne pourra donc pas participer au Tour, mais il lui reste la possibilité de s'aligner dans le peloton professionnel pour les épreuves de fin de saison, comme par exemple le Tour d'Espagne et les Championnats du monde sur route de Lisbonne. A la condition toutefois que le Français retrouve un employeur, l'équipe italienne Polti, dont il avait porté les couleurs durant les deux dernières saisons, ayant cessé la compétition. Ces dernières semaines, plusieurs groupes sportifs s'étaient déclarés intéressés par le Varois. Parmi eux, les Français de Jean Delatour et de Cofidis, et les Espagnols de Once.

Pour l'instant cependant, Richard Virenque a préféré garder le silence. «Le choc est difficile à encaisser, explique un proche. Il a besoin d'un peu de temps pour retrouver sa sérénité. Ensuite, il décidera ce qu'il fera de son avenir.» Eric Boyer, le manager du Genevois d'adoption, a tenu un discours similaire à l'Agence France Presse (AFP): «A chaud, Richard Virenque était déçu. Mais il a toujours su rebondir. Je lui ai demandé d'attendre avant de prendre une décision quant à son avenir. Pour l'instant, nous savons juste qu'il a la possibilité de redevenir cycliste le 15 août.» L'agent du coureur a ensuite expliqué qu'il «attendait maintenant que les propositions deviennent concrètes» et que son client y «verrait plus clair dans les prochains jours».

Revenant à la décision de Lausanne, Eric Boyer rapporte également que «la déception de Richard Virenque est compréhensible. Il pensait réellement que le TAS allait tenir compte de ses arguments.» Après ses aveux de dopage durant le procès Festina, qui s'est déroulé en octobre 2000 à Lille, Richard Virenque s'est démené pour faire valoir sa bonne foi et se justifier d'un mensonge soutenu pendant plus de deux ans. Peine perdue. Dans un communiqué, les arbitres du TAS écrivent qu'ils ont «longuement discuté la possibilité d'assortir la suspension […] d'une période de sursis.» Ils semblent avoir renoncé à cette possibilité devant la gravité des faits. De plus, précisent-ils, les aveux n'ont pas été spontanés, mais obtenus dans le cadre d'un procès pénal au cours duquel Richard Virenque comparaissait en qualité de prévenu. Le sursis doit demeurer une mesure exceptionnelle, ont estimé les arbitres. Les considérants de ce jugement seront publiés ces prochains jours. Aucun recours n'est possible.