Joey Barton avait sans doute imaginé un autre épilogue à sa carrière de footballeur professionnel, qui l’a mené de Manchester City à Burnley, en passant par l’OM. Le milieu de terrain anglais vient d’être banni des terrains pour 18 mois. Il aura 36 ans en octobre 2018 lorsque sa suspension sera levée. «Cette sanction me force à une retraite anticipée», se désole-t-il sur son site internet. Il a fait appel, estimant la peine trop sévère, mais plaide coupable: il a enfreint la règle selon laquelle les sportifs professionnels n’ont pas le droit de parier de l’argent sur leur propre discipline.

Intégrité intacte

Cette interdiction répond à une logique évidente: un joueur pourrait par exemple miser sur la défaite de son équipe puis user de son influence sur le terrain pour la provoquer, et gagner de l’argent. En février, les frères Nikola et Luka Karabatic ont été condamnés par la justice française pour leur implication dans des mises de plus de 100 000 euros sur le résultat à la mi-temps d’un match de leur équipe de handball. Joey Barton, lui, a placé 1260 paris sur des rencontres de football, dont certains sur sa propre équipe. A cinq reprises au moins, il était même sur le terrain. Pourtant, l’intégrité du joueur de 34 ans n’est pas mise en cause: «Pour être clair, il ne s’agit pas d’une affaire de matches truqués.»

Si c’était le cas, il serait un bien piètre escroc. Pour prononcer sa sanction, la Fédération anglaise de football (FA) a retenu une liste de paris particulièrement déterminants que Joey Barton a décidé de publier sur son site. Sur trente, il n’en a remporté que trois, pour un gain total de 123,60 livres. Ses mises s’échelonnent entre 2 et 600 livres, la plupart ne s’élevant qu’à quelques dizaines de livres. En creux se dessine le portrait d’un jeune homme qui suit le foot et qui le pimente en jouant un peu d’argent. L’Anglais moyen, en somme.

Culture populaire

Outre-Manche, les paris sportifs constituent autant un sport national apprécié qu’un problème de société. Des entreprises en enregistrent à tous les coins de rue, sans parler des sites qui permettent d’en faire en ligne. De récentes estimations indiquent que chaque Anglais perd 300 livres chaque année en misant sur le mauvais cheval. Gamin du Merseyside, dans l’ouest de l’île, Joey Barton a grandi dans cet environnement où le pari fait partie de la culture populaire. «Je participe rarement à quoi que ce soit sans qu’il y ait quelque chose en jeu. J’adore ça, que ce soit une partie de golf entre amis pour quelques livres ou de fléchettes au centre d’entraînement pour savoir qui fera le thé», témoigne-t-il. Il reconnaît même que cela tient chez lui de l’addiction. Et qu’il a besoin de se faire aider.

Plutôt que de «simplement sanctionner les joueurs qui placent un pari», il aimerait que le football britannique procède au même exercice d’autocritique. Onze des vingt équipes de Premier League arborent le logo d’une entreprise de paris sportifs sur leurs maillots. La Football League (qui gère les deuxième, troisième et quatrième divisions professionnelles) porte même le nom de l’une d’entre elles, Sky Bet. «Ce n’est pas un environnement propice pour essayer d’arrêter de jouer, ou même pour convaincre les gens impliqués dans un sport que parier n’est pas une bonne chose. C’est comme demander à un ancien alcoolique de passer tout son temps dans un pub. A chaque fois que je mets le maillot de mon équipe, je fais la publicité d’une entreprise active dans le domaine.»

Violence et rédemption

Dans la longue prise de position, Joey Barton analyse avec du recul la situation dans laquelle il se trouve aujourd’hui. Sur les réseaux sociaux, il incarne le même homme de culture, de mesure et parfois de rédemption, comme lorsqu’il tweete: «La violence surgit toujours du malentendu et du niveau zéro de soi-même; la mienne en tout cas…» Sur un terrain et en dehors, le footballeur s’était davantage bâti une réputation de bad boy que de romantique.

Les frasques accumulées tout au long de sa carrière font sa légende, du cigare (allumé) qu’il a écrasé dans l’œil d’un coéquipier à son séjour en prison après une bagarre au centre-ville de Liverpool. Sa carrière? «Une série d’incidents déplaisants et souvent violents qui lui aurait valu d’être viré depuis longtemps dans n’importe quel autre milieu», dépeint le Guardian. Au final, il lui aura fallu des milliers de paris perdus pour perdre son job.