«Les habitants de Colombie-Britannique se plaignent des difficultés du trafic routier, des coûts de la sécurité pour les Jeux, mais aussi des problèmes de liberté de parole qui se sont posés ces derniers temps», a récemment déclaré le directeur de recherches de l’institut de sondages Angus Reid, Hamish Marshall. Selon le sondeur, seuls 57 % des Britanno-Colombiens pensent que les JO auront un impact positif pour leur province. Dans un pays où la tendance à l’auto-congratulation est forte et où les taux de satisfaction sont toujours très élevés, ce résultat mitigé n’a pas échappé aux médias canadiens. L’Ouest se désintéresse des Olympiques.

«Beaucoup de chambres d’hôtel sont encore disponibles» a titré cette semaine la chaîne de télévision CTV. «Notre objectif était d’arriver à un taux d’occupation de 100 %, mais je ne suis pas sûr que l’on y parvienne», a affirmé à CTV le porte-parole de l’Office du tourisme de Vancouver, Walt Judas. Sur les pistes olympiques, à Whistler, de nombreux hôtels proposent toujours des chambres. «Nous disposons quotidiennement de cinq à 50 chambres de libres pendant la période des Jeux», a confié en milieu de semaine à CTV le directeur de l’hôtel Fairmount Chateau Whistler.

La déception est tout aussi vive chez les Vancouvérois. Ils pensaient louer leur appartement au prix fort pendant les Jeux. Las, les fans ne sont pas au rendez-vous. Pire, les touristes hivernaux habituels fuient la Colombie-Britannique par peur que la proximité de l’événement n’ait fait grimper les prix. Une situation d’autant plus surprenante que la population de Vancouver a massivement bataillé pour obtenir ces Jeux d’hiver. Lorsqu’en juillet 2003 la candidature de la ville du Pacifique fut préférée à celles de Salzbourg et de Pyeonchang, la province la plus à l’ouest du pays laissa exploser sa joie. Un sentiment de fierté sauvage envahit les rues de la cité de 2,1 millions d’habitants. Radio-Canada titra le 2 juillet 2003: «Vancouver jubile». Jusqu’au début de l’année 2008, les JO ont bénéficié d’une bonne image auprès de la population.

En septembre 2008, le principal bailleur de fonds du village olympique, l’Américain Fortress Investment Group, s’est retiré de l’événement. La ville, prise de court, a dû s’endetter. Centre des congrès, sécurité, village olympique… Les coûts se sont envolés tous azimuts. Selon le magazine de Vancouver Dominion, la facture des coûts d’infrastructures de Vancouver 2010 devrait être de quatre milliards de dollars (3,97 milliards de francs) au lieu des 760 millions de dollars (755 millions de francs) annoncés par le gouvernement provincial. La troisième ville du Canada s’est alors souvenue des JO de Montréal.

Montréal 1976 a été un gouffre financier que les contribuables montréalais ont fini de payer ... en 2006. La Colombie-Britannique a subi la récession de plein fouet. Au premier semestre 2009, les pertes d’emplois y ont été parmi les plus importantes du Canada. Les grands commanditaires, General Motors ou Nortel, aux prises avec des difficultés financières considérables, se sont, comme beaucoup d’autres entreprises, fait tirer les oreilles pour s’être impliqués dans Vancouver 2010. Aujourd’hui, le directeur du Comité d’organisation des Jeux olympiques de Vancouver (Covan), Dave Cobb, assure que ce n’est plus qu’un mauvais souvenir. Selon ce dernier, les annonceurs se précipiteraient pour les Jeux. «Je reçois des appels tous les jours», a dit il y a un mois Dave Cobb. A quelques semaines des Jeux, le Covan cherchait donc toujours de l’argent.

Le contraste avec 2003 est fort. A cette époque,Vancouver a rêvé de Jeux en grand, qui feraient connaître la ville à l’échelle mondiale. La cité du Pacifique s’est alors imaginée ville verte et innovante. Les projets sont restés sur le papier. Le nouveau maire de Vancouver, Gregor Robertson, promet de faire de sa municipalité la ville la plus verte de la planète d’ici 2020. Une étude de l’Université de Colombie-britannique (UBC), pourtant payée 300 000 dollars (298 000 francs) par le Covan, révèle que les émissions de gaz à effet de serre ont augmenté de 2 % entre 2000 et 2006.

En termes de retombées économiques, la même étude d’UBC dresse un bilan mitigé d’avant les Jeux. Elle n’est pas enthousiaste pour le futur. Les constructions de logements sociaux ont diminué entre 2002 et 2008. Tout au long de 2009, les autorités municipales ont voulu se débarrasser de leurs pauvres. De 600 en 2002, le nombre de sans-abri a bondi à 1 600 en 2008. Trop visibles dans le centre-ville pour les touristes olympiques. Les interventions musclées de la police pour chasser les nécessiteux ont déplu. Des mouvements de contestation sont nés. Si les interdictions municipales de manifester un tant soi peu contre ces pratiques peu olympiques ont créé un désenchantement, il y aura au moins une bonne nouvelle. Près de 74 % des Canadiens assurent qu’ils regarderont les Jeux, à tout le moins le hockey masculin et le patinage artistique. Entre ces deux épreuves, ils pourront toujours lire Red Snow, un roman d’horreur de Michael Slade, dont l’action se déroule à Whistler pendant les Jeux. Des bombes, des meurtres à gogo et des commandos frapperaient la ville. Qui a dit que tout le monde se désintéressait des Jeux ?

Le contraste avec 2003 est fort. A cette époque,Vancouver a rêvé de Jeux en grand