Descente, super-G, slalom... Maîtrisez-vous l'histoire, les particularités et les spécialités des différentes disciplines du ski alpin? Petite révision en six leçons à l'occasion des Championnats du monde de Cortina d'Ampezzo (Italie).

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De toutes les disciplines du ski alpin, la descente est la plus belle. A ce qu’il paraît. Ce n’est pas moi qui le dis, c’est… ben, à peu près tout le monde, en fait.

Didier Défago affirme qu’il aimait tous les types de course, vraiment. Mais quand même: «La descente, au niveau des sensations, de l’adrénaline, c’est quelque chose d’unique.» Parole de champion olympique. Gérard est d’accord, lui qui coche chaque année les dates de Kitz' et Wengen dans le calendrier suspendu au mur de la cuisine.

La descente «superlative» le ski alpin. Question de pente, de difficulté, de risque. De vitesse bien sûr. A 120 ou 130 km/h, la croisière s’amuse. Ça va parfois beaucoup plus vite: en 2013, le Français Johan Clarey atteint 161 km/h records sur la piste du Lauberhorn. Il faut se le représenter. Gérard s’est fait retirer son «bleu» pour moins que ça sur l’autoroute et s’il en atteint la moitié sur ses lattes le dimanche, ses jambes tremblent comme le flan du pique-nique.

Voilà le type de course de ski qui sépare vraiment le professionnel de l’amateur, pense Gérard. C’est un trompe-l’œil: il ne tiendrait pas debout sur le verglas d’une piste de slalom, il serait incapable de faire tourner des skis de géant et il perdrait tous ses moyens à la vitesse atteinte en super-G. Mais il ne s’en rend pas forcément compte. La descente, elle, paraît inaccessible d’où qu’on la regarde.

Potentiel romanesque

Il y a les caractéristiques techniques. Le dénivelé y est beaucoup plus élevé que dans les autres disciplines: de 800 à 1100 mètres pour les hommes, de 450 à 800 mètres pour les femmes. Les portes sont béantes, 8 mètres de large ou plus quand le terrain le permet, pour laisser les athlètes tracer la ligne qui leur semble idéale.

Mais surtout, il y a la mythologie que des décennies de grâce et de violence ont installée. Dans l’imaginaire collectif, les descendeurs sont des gladiateurs, des funambules, des têtes brûlées. Ils abandonnent leur corps au vide. Ils narguent le danger. Ils acceptent l’idée d’y laisser leurs genoux, leur saison, leur carrière, parfois, plus rarement bien sûr, leur vie – une dizaine de décès recensés depuis les années 1950. Les accidents font dramatiquement partie du spectacle comme en sport auto.

Aucune autre course de ski n’a un potentiel romanesque comparable. Les témoignages des anciens champions rescapés des plus vertigineuses pistes du circuit valent les récits de tours du monde à la voile, d’épopées cyclistes ou de vies de boxeurs.

Le lyrisme filtre jusque dans l’austère «Règlement des concours internationaux de ski» de la fédération internationale: «Une descente se caractérise par les six composantes suivantes: technique, courage, vitesse, prise de risque, condition physique, détermination. Il doit être possible de skier à des vitesses variées du départ à l’arrivée. Le concurrent adapte sa vitesse et sa prestation à ses capacités techniques en fonction de sa propre détermination.»

La défense du territoire

Quelle autre discipline grave ce genre de consignes dans le marbre de sa documentation officielle? Encore une fois, il faut se le représenter. La descente est statutairement un territoire de «prise de risque» qui ne s’arpente qu’avec «courage» et «détermination».

Forcément, un tel territoire se défend. Spectateurs et concurrents n’aiment rien de moins qu’une descente qui n’en a que le nom. Chaque nouvelle piste offerte aux spécialistes est jugée à l’aune de la vitesse qu’elle procure, du risque qu’elle implique, et le verdict est impitoyable. Il s’est dit que celle de Jeongseon, empruntée à une forêt centenaire pour Pyeongchang 2018, n’était définitivement pas digne des standards olympiques. Celle de Yanqing, au nord de Pékin, sera aussi évaluée avec sévérité par les puristes en 2022.

Mais pas besoin de voyager aussi loin pour contrarier le mythe. Prenez la Vertigine de Cortina d'Ampezzo, qui accueille pour la toute première fois une descente masculine à l’occasion des Championnats du monde: elle en a pris pour son grade lors du premier entraînement en raison de quelques courbes arrachées à un slalom géant pour «freiner» les athlètes à l’approche d’un saut délicat. Les officiels de la FIS ont plaidé la sécurité pour un premier test grandeur nature, et promis un ajustement d’ici la course. Beat Feuz, Dominik Paris, Johan Clarey et les autres n’en demandent pas moins.

Et Gérard non plus.