De Wengen, pour accéder au départ de la fameuse descente du Lauberhorn, il faut patienter une demi-heure, le temps d'une montée bucolique, à bord d'un petit train à crémaillère qui n'est autre que celui qui permet déjà de se hisser depuis Lauterbrunnen jusqu'à cette station sans voitures. Les jalons de ce qui donne à cet endroit et à sa piste mythique un air anachronique sont posés.

En ce jeudi, journée d'entraînement et veille du super-combiné – une nouveauté dans la Coupe du monde de ski alpin, qui comprend une descente et une manche de slalom le même jour –, Urs Näpflin, le chef de course, nous propose de partir en reconnaissance sur le parcours de cette descente légendaire qui fête cette année son 75e anniversaire. Et d'en découvrir les passages clés, les pièges et les nouveautés. Car quelques modifications y ont été apportées. «Légères toutefois, nous rassure Urs Näpflin. Nous essayons d'améliorer la sécurité tout en gardant l'esprit de ce tracé classique.»

La face nord de l'Eiger qui, par beau temps, domine le Start Bar abritant, comme son nom l'indique, le portillon de départ est cachée derrière un épais brouillard. La mauvaise visibilité ambiante renforce la sensation de saut dans l'inconnu pour celui qui s'élance.

Quelques mètres après le départ, la piste du Lauberhorn offre un premier virage, à droite, suivi du «saut à Russi», du nom du coureur suisse qui remporta l'épreuve en 1973. Le parcours est ainsi truffé de passages baptisés en fonction des événements qui s'y sont produits. La première accélération sérieuse, avec des pointes à 140 km/h, se fait un peu plus bas au «Traversenschuss» (point de départ aujourd'hui de la descente du super combiné, plus courte).

Au début, les coureurs enjambaient la voie ferrée

Il s'agit toutefois de bien gérer sa vitesse et sa position, car le «Traversenchuss» précède un virage serré débuchant sur le fameux «Hundschopf» (tête de chien). Un saut de 40 mètres entre deux parois rocheuses qui exige un atterrissage adroit. Ceci d'autant plus qu'il est immédiatement suivi de la «Bosse à Minsch» en dévers, de toute évidence pas facile à négocier. «Pour des raisons de sécurité, nous avons dû remonter un peu le saut du «Hundschopf», explique Urs Näpflin, chef de course et notre guide pour cette reconnaissance, qui se réjouit par ailleurs des bonnes conditions de la piste cette année. Elle est effectivement bien lisse, sans bosse, et dotée d'une bonne neige, dure mais pas glacée.

Le meilleur angle possible pour la télévision

La folle course se poursuit par «l'Alpweg», rare ligne droite qui précède le redouté «Brüggli». Ce petit pont marque un virage sec vers la gauche. «Ici, nous avons dû élargir un peu et rajouter des airbags sur les côtés, ajoute Urs Näpflin. Nous veillons à ce que ces mesures de sécurité n'ôtent pas ce qui fait l'intérêt de ce passage unique.» Les ponts, le virage en S ou encore le tunnel sous la voie de chemin de fer – au début, lorsque le train était encore à vapeur, un saut avait été construit pour que les coureurs puissent enjamber la voie ferrée –, sont autant d'éléments qui rendent cette piste un poil désuète. «Certains coureurs l'ont surnommée Jurassic Park, raconte notre guide amusé et fier. Elle est à la fois traditionnelle et moderne et elle assure un superbe spectacle. «Et de nous montrer, comment au passage du saut du Silverhorn, qui suit le «Haneggschuss» et ses pointes à 154 km/h, la porte est placée de manière à assurer le meilleur angle possible aux caméras de télévision pour saisir le descendeur en plein vol et, dans son axe, le mont du même nom.

Un tiers plus longue que les autres descentes

La fin du parcours reste délicate avec la négociation du «carrousel» et le schuss final, véritable plongeon sur une pente de 42 degrés. A l'arrivée, après 4,46 km, les cuisses des descendeurs sont en feu. Sa longueur, un tiers de plus que les autres descentes du circuit de la Coupe du monde, est, selon Bruno Kernen, vainqueur en 2003, ce qui rend difficile cette grande classique, créée en 1930 par Ernst Gertsch et Christian Rubi. «C'est une piste sur laquelle l'expérience aide, affirme le Bernois qui l'affectionne. Qu'elle soit moderne ou anachronique, peu importe, c'est le spectacle qui compte.»

«Je ne sais pas pourquoi certains la trouvent démodée, s'interroge Bode Miller. Est-ce à cause de son âge? C'est une piste très variée et physique qui réunit tous les ingrédients – forte pente, sauts, virages – d'une bonne descente. Elle demande juste une bonne préparation. Cette année, elle est de très bonne qualité. Ils ont fait du bon boulot.» Voilà de quoi faire plaisir aux militaires et volontaires – en tout 432 personnes – qui la travaillent sans discontinuer, à coups de pelle et râteau, depuis plusieurs jours.