Pierre Benoit se terre chez lui, telle une bête blessée. Le responsable de la communication de l'Association suisse de football (ASF) est, paraît-il, déprimé. Les suites de ce qui est désormais devenu une affaire d'Etat pèsent lourdement sur les épaules de cet homme que le SonntagsBlick n'hésite pas à qualifier de «bouc émissaire» de l'ASF.

Rappelons que Pierre Benoit a lancé un pavé dans la mare, mardi dernier, au cours de l'émission 10 vor 10 de la DRS, en reconnaissant avoir été au courant, dès le premier jour, du crachat d'Alexander Frei sur l'Anglais Steven Gerrard. L'attaquant suisse lui aurait avoué son acte délictueux «à titre personnel et confidentiel», selon le communiqué de l'ASF qui a suivi cette révélation. A en croire l'organe faîtier du football suisse, aucun autre membre de la délégation officielle, ni même le président Ralph Zloczower, n'aurait été mis au parfum. A Peter Gilliéron, secrétaire général de l'ASF, et Peter Stadelmann, président de la Ligue suisse de football, Frei aurait affirmé ne pas avoir craché sur Gerrard. Précisant que seule une injure, immaculée de toute salive, serait partie à destination de l'Anglais. Dans son communiqué, l'ASF a même insisté pour dire que les personnes qui ont assuré la défense de Frei devant la commission de la discipline de l'UEFA - au moment où les premières images, celles de la ZDF, n'apportaient aucune preuve – auraient adopté une autre stratégie de défense si elles avaient été mises au courant de la réalité. Et d'insister sur le fait qu'elle n'a en aucun cas dicté sa conduite au joueur dans cette affaire.

Depuis que les images envoyées par la DRS à l'UEFA accablent Frei, Ralph Zloczower reconnaît que «le doute n'est plus permis» et que «l'ASF ne peut admettre un tel comportement». En revanche, le président campe sur sa position d'innocent qui a découvert la lune. Mais vu l'ampleur de la crise générée par ce scandale du crachat, l'ASF ne peut continuer à faire l'autruche. Elle a fait savoir, samedi, que «le comité directeur se réunirait en séance extraordinaire au début de la semaine pour décider si un examen indépendant doit être mandaté à ce sujet». Précisant que le «comité directeur veut savoir si des personnes ont menti à un moment ou un autre lors de la procédure disciplinaire engagée contre Alexander Frei et si, à l'avenir, un contrôle rapproché de la délégation doit être instauré». Le communiqué insiste encore sur le fait que les responsables de l'ASF ne donneront plus aucune information sur le sujet avant la décision du comité directeur.

En attendant le résultat de ce qui pourrait prendre la forme d'un grand nettoyage, l'affaire continue de faire couler beaucoup d'encre. Et a même pris une tournure politique. Pascal Couchepin, interrogé dans le Matin Dimanche, estime, pour sa part, que le geste du jeune joueur suisse «est un faux pas, mais qu'il ne faut pas dramatiser». «Si on n'est pas un peu impulsif à l'âge de Frei, quand l'est-on? J'ai donc plutôt de la sympathie pour ce jeune homme. J'espère le voir rejouer au plus vite», confie le conseiller fédéral. Adolf Ogi est plus dur. Dans une interview accordée au SonntagsBlick, l'ancien ministre des Sports déclare que «ce sportif (Frei), de même que l'Italien Francesco Totti (également suspendu pour crachat, ndlr) ont perdu, sur le terrain, la notion des bonnes manières». Mais c'est à l'égard des dirigeants de l'ASF que les critiques d'Adolf Ogi sont les plus acerbes: «Ces incidents ne sont pas compatibles avec la philosophie du sport. Nier publiquement n'est pas bien. Mais si non seulement on a menti, mais qu'en plus, les dirigeants de l'Association ont trompé l'opinion publique, ça, c'est grave.»

L'édition dominicale du quotidien alémanique livre également les résultats d'un sondage réalisé sur cette affaire. Il en ressort que 62% des personnes interrogées ne croient pas les explications fournies jusqu'ici par l'ASF. Malgré cela, 50% des sondés estiment qu'en l'état actuel des choses, personne ne doit démissionner. Enfin, ils sont 80% à trouver qu'Alex Frei doit jouer à nouveau au sein de l'équipe nationale.

Il faudra attendre la fin de l'Euro 2004 pour connaître le sort de l'attaquant de la Nati, qui sera jugé à Nyon par la commission de l'UEFA. En revanche, la grande introspection de l'ASF doit commencer aujourd'hui à son siège bernois. Et des têtes pourraient tomber.