Michael Schumacher et Jean Todt s'attendaient à vivre un Grand Prix de France difficile. Les événements ont été conformes à leurs prudentes prévisions. Et encore, le champion du monde en titre peut se féliciter d'avoir rallié l'arrivée à la troisième place, en partie grâce aux erreurs et aux problèmes techniques de quelques-uns de ses adversaires. Comme au Nürburgring une semaine auparavant, le pilote Ferrari n'a rien pu faire pour contrer les Williams-BMW, rapides aux essais et irrésistibles en course.

Désormais en confiance lors des qualifications qui se disputent sur un seul tour, Ralf Schumacher s'est élancé de la pole position devant son équipier Juan Pablo Montoya. Sur le circuit de Magny-Cours, agrémenté d'un nouveau virage pour faciliter les dépassements, ce qui ne s'est pas vérifié en course, le Colombien a reconnu n'avoir jamais été vraiment à l'aise dans sa voiture. Ses mécaniciens se sont chargés de le handicaper davantage lors des arrêts au stand. Chacun de ses trois arrêts, surtout le premier, fut plus long que ceux de son équipier allemand. Du coup, Montoya ne s'est jamais retrouvé en position d'inquiéter le cadet des Schumacher, sauf pendant quelques tours à la sortie de son troisième et dernier arrêt à son stand.

L'Allemand, qui a réalisé une course presque parfaite si l'on excepte un freinage raté en fin de course, s'est toutefois plaint du trafic et du peu d'entrain des commissaires de piste à agiter les drapeaux bleus pour encourager les retardataires à s'écarter de son chemin. Ralf Schumacher n'en a pas moins réalisé une excellente affaire, puisqu'il revient à trois points de Kimi Raikkonen, en plus de mettre un surcroît de pression sur son frère.

Le Finlandais de McLaren-Mercedes ne l'avoue pas, mais il sait que ses chances d'inquiéter Michael Schumacher, et même son frère Ralf, dans la conquête du titre ont encore diminué, pour ne pas dire disparu. D'autant que la nouvelle McLaren MP4/18 ressemble de plus en plus à une arlésienne. Raikkonen a fait l'essentiel de sa course devant Michael Schumacher, puis il a eu la mauvaise surprise de voir débouler la Ferrari no 1 devant ses roues lors de son ultime ravitaillement, après avoir été ralenti dans le trafic. Raikkonen ne doit rien regretter. Il n'aurait sans doute pas pu résister à l'Allemand en fin de course, avec la défaillance d'un disque de frein sur sa McLaren. De plus, comme une semaine plus tôt en Allemagne, David Coulthard ne lui a été d'aucun secours.

L'Ecossais lui aussi a vu Michael Schumacher prendre le large lors des arrêts. Il a même failli tout perdre au stand lorsqu'il est reparti avec l'un de ses mécaniciens accroché à la seringue de ravitaillement. Obligé de freiner en catastrophe, Coulthard perdait toute chance de bien figurer. Michael Schumacher, auteur d'une course solide mais sans éclat, n'en demandait pas tant: «En fait, depuis le début du week-end, nous savions qu'une troisième place était sans doute ce que nous pouvions espérer de mieux ici. Raikkonen, mieux parti, m'a passé au départ. Coulthard a essayé, lui aussi, mais je l'ai repoussé. Ensuite, j'ai fait une petite différence en restant plus longtemps en piste que les McLaren avant de ravitailler. C'est là que j'ai attaqué le plus durant cette course. Nous avons toujours une excellente voiture, mais les pilotes Williams-BMW aussi. Avant la trêve estivale réservée aux essais libres, nous allons travailler avec Bridgestone pour progresser dans le domaine des pneus.»

Michael Schumacher met ainsi le doigt sur l'actuelle faiblesse (relative) de sa Ferrari depuis quelques courses. Les gommes Michelin ont fait un bond énorme en performance, ce qui pourrait s'avérer déterminant si les Japonais de Bridgestone ne réagissent pas très vite. «J'ai toutefois augmenté (d'un point!) mon avance sur Raikkonen. C'est important dans l'optique du championnat», s'est consolé l'Allemand de chez Ferrari. Lucide, le champion du monde sait que son véritable adversaire dans la course au titre a changé. Il s'appelle désormais Schumacher. Ralf de son prénom.

Outre la performance des Williams-BMW, ce Grand Prix de France a été marqué par le fiasco de l'écurie Renault. Les deux pilotes de l'écurie française ont laissé leur monoplace sur le bord de la piste, moteur cassé. Résultat à peine plus réjouissant chez Sauber, dont les deux voitures terminent à de lointaines douzième et treizième places.