Le Temps: Cette année, l'actualité australienne a beaucoup tourné autour du sport. Quelle place tient-il dans la vie des Australiens?

John Eales: Dans notre pays, il existe une véritable culture du sport. Tout le monde, hommes et femmes, a fait du sport sa vie. Dès leur plus jeune âge, les enfants pratiquent de très nombreuses activités sportives à l'école. Il est donc normal que les gens suivent plus tard à la télévision ou dans les journaux les sports qu'ils ont pratiqués dans leur jeunesse. D'un point de vue sport professionnel, tout est assez bien organisé. En grandissant, les enfants se rendent dans des académies sportives pour pratiquer une activité plus spécifique de façon plus sérieuse. Cela a un gros avantage: comme le pays est très grand, tous ceux qui pratiquent un même sport sont regroupés. Les sélectionneurs ne sont pas obligés de parcourir le pays de part en part pour dépister les bons éléments et former les sélections nationales. Une fois repérés, avec l'Institut du sport australien de Canberra, ils sont particulièrement bien encadrés. En plus de l'accès aux lieux et au matériel d'entraînement, ils reçoivent l'aide des médecins et des psychologues. Les sportifs sont donc parfaitement préparés pour intégrer le monde du sport professionnel.

– Voyez-vous une raison particulière à la quasi-simultanéité de ces résultats?

– Il est évident que la chance et le hasard ont joué pour une grande part dans cette accumulation de victoires. Il faut y ajouter l'effet d'émulation provoqué par les premières victoires: chaque équipe a voulu faire aussi bien que la précédente. Devant un public enthousiaste, certains se sont alors peut-être plus donnés qu'ils ne l'auraient fait en temps normal. Mais, le seul point commun que l'on pourrait trouver à ces victoires, c'est notre nature. Nous, les Australiens, nous sommes particulièrement cool, très à l'aise devant les échéances importantes. La pression n'existe pas chez nous. Ou plutôt, nous parvenons à l'évacuer assez facilement. Cet état d'esprit nous permet de jouer libérés et d'exprimer toutes nos capacités. Cette différence a été assez marquante lors des deux finales contre les Français, en rugby et en tennis. Elle a probablement été déterminante à chaque fois.

Propos recueillis par TdB