Le temps d'un congrès, le sous-sol du Palais des festivals de Cannes s'est transformé en caverne d'Ali Baba du football. Pendant qu'à l'étage les experts débattent des grands problèmes actuels du ballon rond, une centaine d'exposants présentent leurs dernières nouveautés dans une ambiance feutrée: gazon synthétique, publicité virtuelle, laser pour médecins, système informatisé de contrôle des entrées, fabrication d'écharpes et d'accessoires personnalisés, conception de sites Internet ou encore panneaux lumineux pour les stades. Les décideurs viennent y prendre connaissance des développements technologiques, faire un brin de causette ou échanger leurs cartes de visite. «C'est l'une des rares occasions qui nous est donnée d'entrer en contact direct avec les dirigeants», apprécie un exposant. Mais la palme de la fréquentation revient sans conteste au modeste stand d'un inventeur original, venu avec l'un de ses trois fils à Cannes et persuadé d'avoir trouvé la parade au «plus grand problème actuel du football»: la détection des hors-jeu.

Antoon Soetens, quinquagénaire belge barbu et bonhomme, aime se décrire avec humour comme un «penseur perpétuel»: «Je réfléchis toujours à des solutions. Depuis trente ans, chaque fois que je repère un problème, il faut que je m'y attelle.» Ingénieur chimique de formation, il s'est forgé un brin de célébrité il y a près de vingt ans en remportant un prix au Salon des inventeurs de Genève pour ses piles intégrant de mini-panneaux solaires. Puis, dans les années 80, il a lancé dans les allées de Wimbledon la vente de serviettes de bain au nom de stars de tennis, avec l'appui de la puissante société de conseil McCormack. «Une idée toute bête, mais à laquelle personne n'avait pensé. Le merchandising n'existait pas, à l'époque.» Enfin, il est «entré dans le football». Ou le football s'est emparé de lui, il ne sait plus vraiment. C'était il y a un an.

Chez lui, dans la banlieue de Courtrai, la TV crache un soir les images d'un match du championnat d'Allemagne, Bayern Munich - Schalke. «En quelques minutes, Emile M'Penza, l'attaquant belge de Schalke, a été signalé deux fois hors jeu injustement. J'ai eu comme un éclair. J'ai compris qu'un juge de touche ne pouvait pas regarder à la fois le ballon et la position du joueur par rapport au dernier défenseur au moment de la passe.» Le lendemain, il se réveille à 4 heures du matin, griffonne quelques notes sur un bout de papier et commence à bricoler. Seul: «Je fais tout de A à Z. J'ai besoin de suivre ma propre logique.»

En quelques semaines, le premier prototype est terminé. «Le système est extrêmement simple. Il est composé de deux petits boîtiers reliés électroniquement. Un arbitre sur le bord du terrain ou dans les tribunes tient l'émetteur, alors que le récepteur est fixé sur le manche du drapeau du juge de touche. L'arbitre supplémentaire appuie sur un bouton dès qu'un joueur qui attaque fait une passe. Si le juge de touche aperçoit un joueur hors jeu, il appuie également sur un bouton.» Le résultat ne tarde pas: si le juge de touche, qui surveille en permanence la position des attaquants, a appuyé avant l'arbitre supplémentaire chargé de suivre le ballon, le récepteur placé sur le manche du drapeau vibre pour signaler le hors-jeu.

De quoi supprimer définitivement les erreurs de jugement des arbitres? Antoon Soetens en est convaincu: «Non seulement ce système décharge les arbitres, mais il satisfait tous les acteurs. Il y a toujours plus d'argent en jeu dans le football et l'erreur est de moins en moins tolérable. Nous avons effectué des tests lors de matches amicaux. Jamais le système ne s'est trompé.» Il y a quelques mois, persuadé d'avoir trouvé le système miracle, l'inventeur flamand a même quitté son emploi, pour se consacrer essentiellement à la promotion de son appareil. Il a écrit aux dirigeants de la Fédération internationale de football, rencontré à Cannes des dizaines de responsables de fédération et de club. «Beaucoup sont intéressés. J'espère des réponses fermes pour commercialiser le système.»

En attendant, il multiplie les démonstrations, sans forfanterie ni grands discours. Il dort à Cannes dans un hôtel tout simple, à quelques centaines de mètres des palaces où logent les décideurs du football. Il ne court pas après la célébrité. Mais il rêve malgré tout de devenir celui qui aura permis aux arbitres de vivre un plus détendus. Et c'est déjà beaucoup.