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Le président de la FIFA Gianni Infantino a rencontré Vladimir Poutine lors de sa visite en Russie fin mai, un an avant la coupe du monde 2018
© Alexei Druzhinin

Sport-études

Deux ans après le FIFAgate…

Les réformes engagées par Gianni Infantino doivent faire l’objet d’un contrôle constant des médias, des parties prenantes et du monde politique, explique Emmanuel Bayle, professeur de management à l’Institut des sciences du sport de l’Université de Lausanne

Le 27 mai 2015, un coup de filet lancé par la justice américaine a abouti à l’arrestation à Zurich de sept hauts dirigeants du football international, provoquant la chute de Sepp Blatter et de Michel Platini. Deux ans et une série de réformes plus tard, quelle est la réalité des transformations des pratiques de gouvernance de la FIFA?

En mai dernier, les chefs des deux chambres (instruction et jugement) de la commission d’éthique de la FIFA, le Suisse Cornel Borbély et l’Allemand Hans-Joachim Eckert, ont été évincés et remplacés par Gianni Infantino. «La FIFA s’est séparée d’enquêteurs expérimentés et infiltrés [qui] avaient auditionné des centaines de donneurs d’alerte […] Avec ces évictions, l’opération nettoyage de la FIFA est massivement amputée. Nous représentions un danger pour ceux qui avaient potentiellement enfreint le code éthique…» a regretté Cornel Borbély (Le Matin Dimanche, 14.05.2017). La commission de gouvernance et surtout la commission d’éthique ont joué un rôle clé dans le processus de crise et de réforme interne de l’institution avant, pendant et après le FIFAgate.

Des doutes sur la crédibilité des mesures

Les mesures prises par le nouveau président, élu en 2016, visent à créer une nouvelle gouvernance tout en garantissant la stabilité politique, la crédibilité et la prospérité du système, avec l’annonce d’un triplement des fonds de développement reversés au football et le passage d’une Coupe du monde de 32 à 48 nations à partir de 2026. Cependant, nombre de ces mesures peuvent être critiquées tant dans leur conception que dans leur difficulté de mise en œuvre. Le changement à construire doit également viser à lutter contre la corruption dans les six confédérations continentales et les 211 fédérations nationales de la FIFA. Et ce, dans des pays où les conceptions de la démocratie, de la pratique des affaires et de la transparence sont à géométrie très variable, et dans un contexte où le football est le terrain d’enjeux géopolitiques et commerciaux majeurs et totalement mondialisés. Comme le souligne le professeur Jean-Loup Chappelet de l’Université de Lausanne, un tel processus et une telle ambition de réforme sont plus difficiles à circonscrire que la réforme qu’avait su mener le CIO en 2000.

Le poids politique des confédérations

Gianni Infantino a tout d’abord limité à trois mandats de quatre ans la longévité du président de la FIFA mais aussi des membres du conseil, des membres de la commission d’audit et de conformité et des organes juridictionnels. Une telle décision permet d’éviter un «enracinement» des leaders. Cependant, les questions de la limite d’âge, de la rémunération, de la désignation, de l’indépendance et des compétences de ces dirigeants n’ont pas été traitées, malgré la divulgation des rémunérations annuelles du président de la FIFA (1,5 million de dollars annuels, soit six fois plus que le président du CIO). La transparence sur les appels d’offres et les honoraires versés à des conseillers et agences marketing au siège mais aussi dans le réseau FIFA est également à contrôler.

La composition du conseil de la FIFA, augmenté de 24 à 37 membres, repose toujours et uniquement sur le poids accordé aux confédérations. Cela en fait un organe «politique» plutôt garant des équilibres internes qu’une instance bâtie autour de compétences d’expertises spécialisées et aussi indépendantes, dont tout conseil d’administration a besoin pour orienter les décisions stratégiques et contrôler les résultats (du projet «FIFA 2.0»). Selon la FIFA, tous les candidats dirigeants devraient être soumis à «des contrôles d’éligibilité et d’intégrité» mais dont les critères et les conditions d’investigation n’ont pas été établis, notamment pour prévenir les conflits d’intérêts.

Des «principes universels», une notion floue

De même, il est prévu d’appliquer les «principes universels de bonne gouvernance» pour les confédérations et les associations membres mais les conditions d’application, de contrôle et de sanction en cas d’absence de mise en œuvre restent à préciser. Vladimir Poutine a annoncé un décret interdisant les manifestations durant la prochaine Coupe du monde 2018, mais cette entrave à la liberté d’expression n’a provoqué aucune réaction. L’engagement de la FIFA envers les droits humains a été inscrit dans ses statuts et un conseil consultatif a été créé, avec en son sein la participation d’ONG, mais sans Amnesty International, qui avait dénoncé les conditions de travail au Qatar pour la construction des stades.

Si une série de réformes importantes a vu le jour ainsi qu’une forme de transparence du siège, les ONG, le monde politique (et surtout leurs ministères publics), les médias et les sponsors devront mettre une pression constante pour assurer une démarche de progrès dans la gouvernance de la FIFA.

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