Plus de 350 volleyeurs. Toutes les meilleures équipes du monde. 40 pays. Dès lundi, la plage du Prado, à Marseille, accueillera les championnats du monde de beach-volleyball, sans doute le sport le plus en vogue du moment. Parmi les observateurs privilégiés: Olivier Vogel, 48 ans. Fondateur du Tournoi international en salle de Montreux, professeur de gym, omniprésent dans le volleyball vaudois, il arbitre depuis plusieurs années les plus grands tournois internationaux. Interview.

Le Temps: Vu de l'extérieur, on a l'impression d'un boom extraordinaire du beach-volley. Le ressentez-vous aussi?

Olivier Vogel: Oui, l'explosion est bien réelle. Aujourd'hui, je suis persuadé que le «beach» est le sport le plus joué au monde. Le seul problème est qu'en Suisse, cette explosion n'est pas maîtrisée. Il existe un organe chargé du secteur beach au sein de la Fédération suisse de volley, mais qui fait fausse route. Il oblige notamment les joueurs à avoir une licence (payante) pour disputer les tournois officiels. Du coup, nombreux sont ceux qui renoncent à participer. A mon sens, la fédération suisse ferait mieux de prélever de l'argent aux organisateurs de tournois plutôt qu'aux joueurs. Ce qui lui permettrait d'avoir une base de beach-volleyeurs dix fois supérieure à celle qui existe actuellement.

– Les tournois se multiplient, des terrains se construisent partout en Suisse, des rencontres s'improvisent sur toutes les plages du monde. Comment l'expliquez-vous?

– Par la facilité à jouer. Vous n'avez pas besoin de trouver douze joueurs comme en salle. Dans les matches populaires, ce n'est pas la force qui compte, mais la vision du jeu, le rire. Il y a aussi une part de mode: vous trouvez facilement un terrain. Enfin, le fait d'être dans le sable est important. Vous ne vous faites pas mal en plongeant; il y a un côté «fun». Evidemment, il existe un fossé avec l'élite: en beach, la compétition est très exigeante, sans doute davantage qu'en salle, autant sur le plan psychologique que physique.

– N'y a-t-il pas une contradiction entre ce côté «fun» et les grands tournois internationaux, où les primes sont toujours plus importantes et le niveau toujours plus haut?

– Non. Pour faire naître des vocations, il faut des relais médiatiques, des stars auxquelles les gens puissent s'identifier. Je suis en train d'étudier la possibilité de mettre sur pied en Suisse un tournoi du circuit mondial, avec des moyens plus importants que les compétitions internationales de Lausanne et de Jona. Je suis persuadé qu'une telle compétition attirerait 5000 à 6000 spectateurs les jours de finales et 1000 à 2000 les autres jours. Cela dit, même si le beach est en pleine évolution, les stars gagnent beaucoup moins bien leur vie que les footballeurs ou les tennismen. Les frères fribourgeois Laciga (lire LT du 2.7.1999) ont ainsi dépendu longtemps de leurs parents avant de commencer à gagner de l'argent il y a deux ans. Mais gagner 100 000 dollars par année à deux en étant dans les quatre meilleures paires du monde, ce n'est pas énorme.

– Quel regard portez-vous sur l'évolution du beach-volley?

– Il est devenu extrêmement physique et rapide. Depuis l'introduction du circuit mondial, il y a quatre ans, mais surtout pendant les deux dernières années, le beach est devenu un véritable sport de compétition. Quand il est apparu en Suisse, en 1992, les joueurs «explosaient» pendant des périodes de deux minutes, puis le jeu se calmait. Aujourd'hui, on est arrivé à une ère de beach-volley total: la puissance est toujours plus importante, les déplacements toujours plus rapides. La vitesse d'exécution est devenue si impressionnante qu'elle oblige les joueurs à trouver de nouvelles tactiques de défense.

– Australiens, Européens et Américains (du Nord et du Sud) se partagent les premières places. Que font les Asiatiques et les Africains?

– Sur ces deux continents, les fédérations nationales font d'énormes efforts financiers depuis l'entrée du beach-volley aux Jeux d'Atlanta, en 1996. L'Afrique du Sud accueille une manche du circuit mondial, l'Asie, plusieurs. La Suisse ferait bien de réagir si elle ne veut pas être barrée par ces pays-là dans dix ans. Le problème, c'est qu'on donne les moyens à deux joueurs (les Laciga) d'aller aux Jeux olympiques, mais qu'au niveau de l'encadrement on ne fait rien.

– Comment voyez-vous l'avenir du beach-volley?

– Encore plus spectaculaire, encore plus physique, non pas par la taille, mais par la vitesse de déplacement et d'exécution. La différenciation se fera sans doute encore davantage avec le volleyball de salle. Je pense aussi que l'animation s'accentuera hors du terrain pendant les compétitions, pour attirer un maximum de spectateurs. Enfin, j'espère que les joueurs resteront proches du public et aussi peu «stars» dans leur attitude qu'ils le sont aujourd'hui.