L'athlète, dernier maillon de la chaîne du dopage, est le plus directement touché par les sanctions projetées. Premier malaise. Car si la conférence promet de punir plus sévèrement les trafiquants cupides, entraîneurs irresponsables et autres docteurs dopeurs, on débouche vite sur des questions sans réponse. Comment attraper ces intermédiaires, par quels moyens de preuve, devant quelle instance les juger? A l'image de René Burkhalter, président de l'Association olympique suisse, les délégués sportifs veulent refiler la patate chaude à la justice civile mais ne pipent mot sur la discipline interne qu'ils pourraient imposer ou – à tout le moins – la collaboration qu'ils pourraient apporter.

Ils sont plus diserts sur le deuxième malaise, qui concerne la suspension de deux ans minimum infligée aux athlètes contrôlés positifs. Si tous les délégués insistent pour qu'une seule loi régisse tous les sports, plusieurs ont dénoncé la rigidité d'une sanction minimale aussi élevée. Le Finlandais Lauri Tarasti craint un retour de manivelle devant les tribunaux civils, comme cela se produit à propos de la sprinteuse Katrin Krabbe. Le Suisse Denis Oswald estime qu'on ne peut comparer une athlète de 17 ans, peut-être victime de mauvaises influences, à un sportif de 30 ans et préfère «une sanction minimale inférieure, mais crédible». Le secrétaire général du Tribunal arbitral, Jean-Philippe Rochat, dénonce un «leurre» qui ramène le droit deux siècles en arrière, quand l'égalité absolue primait sur l'individualité de la faute. Enfin, Sepp Blatter s'inquiète pour les équipes qui seraient victimes collectivement d'un cas de dopage isolé.

Le principe d'une sanction minimum

A ces objections, le vice-président du CIO Keba Mbaye a répondu que le principe de sanction minimum est une règle bien établie du droit pénal. Quant à la barre des deux ans, elle est vigoureusement défendue par d'autres délégués (notamment les pays nordiques, l'Allemagne, les Anglo-Saxons et une majorité de fédérations) qui la jugent nécessaire pour garantir une crédibilité dissuasive à la lutte antidopage. Une telle mesure reste souple… en direction de sanctions plus lourdes.

Last but not least, tous les athlètes qui se sont exprimés dans les débats – ainsi que les joueurs et joueuses de tennis réunis récemment à Melbourne – soutiennent la suspension de deux ans minimum pour les athlètes dopés. L'Allemand Roland Baar a même lancé: «Si des fédérations refusent cette règle, elles n'ont plus grand-chose à faire au CIO.»

J.-C. P.