Ce 4 juillet, devait donc appartenir à des Américains. Lindsay Davenport a commencé en démolissant Steffi Graf (6-4, 7-5) pour s'offrir, en ce jour d'Independence Day, son premier titre à Wimbledon. Pete Sampras, de son côté, a pratiqué un tennis de rêve pour briser celui d'André Agassi, et s'imposer pour la 6e fois sur l'herbe de Wimbledon (6-3, 6-4, 7-5). Un record.

Il vient ainsi d'inscrire son nom pour la sixième fois au palmarès. Mieux que Björn Borg, vainqueur cinq fois. Et il égale par la même occasion le record jusque-là détenu par Roy Emerson, de 12 titres en Grand Chelem. Tout cela, accompli aux dépens d'André Agassi, son plus grand rival, qui, paradoxalement, le remplace dès aujourd'hui, à la première place mondiale.

On n'a plus assisté à une telle démonstration, depuis qu'en 1984, John McEnroe a écrasé Jimmy Connors en finale de ce même tournoi de Wimbledon

6-1, 6-1, 6-2. Et il faut bien le dire, on ne se souvient pas avoir vu Pete Sampras réaliser une partie de cette qualité, dans une occasion similaire. L'Américain était comme on dit «dans la zone». Il a joué comme un alchimiste du tennis qui transforme tout ce qu'il touche en or.

André Agassi avait pourtant démarré la finale à grande vitesse. Mais tout se passe alors très vite. Soignant ses retours comme un tireur d'élite, Agassi s'offre une balle de break dès le troisième jeu. Un ace de Sampras l'anéantit. Au septième jeu, Agassi se détache

0-40. Dos au mur, Sampras réussit alors cinq magnifiques services pour se sortir de ce mauvais pas. Dès lors, survolté, le tenant du titre jongle avec la perfection, et aligne 5 jeux de rang pour se retrouver avec le premier set en poche et 2-0 au deuxième. Au service, il est désormais intouchable, il volleye comme personne, et même du fond du court, il laisse parler instinct, précision et puissance pour déstabiliser son vis-à-vis.

Pour la première fois depuis le retournement de situation miraculeux en finale de Roland-Garros, Agassi n'est plus le patron sur le court, et le doute commence à s'installer dans son esprit. Il ne se retrouvera jamais plus en mesure d'inquiéter Sampras sur son service. Il suffit seulement qu'il s'en approche, pour qu'aussitôt un service gagnant ou un ace vienne le remettre à sa place. Alors, quand au 11e jeu du troisième set, un festival de slice de Sampras le déstabilise et lui coûte son jeu de service, c'est fini. Sampras n'a plus qu'à assurer au jeu suivant, pour conclure sur un magnifique ace sur deuxième balle, et laisser éclater sa joie.

«Je peux le dire, je n'aurais pas pu mieux jouer. Je frappais bien la balle du fond du court, et je faisais la différence au service sur les points importants. Battre André ici, un 4 juillet, c'est formidable pour le tennis américain», reconnaît le héros du jour. Quant à la joie d'avoir égalé et battu les records de Roy Emerson et de Björn Borg, Sampras avoue qu'il ne réalise pas encore l'étendue de son exploit. «Pour être totalement honnête, j'ai la tête qui tourne encore. Je n'y ai pas beaucoup pensé, et il me faudra quelque temps avant de réaliser ce que j'ai accompli.»

Agassi ne pouvait que rendre hommage à un homme qui venait de «pratiquer un tennis impeccable.» Mais sa défaite, avoue-t-il a pour effet de décupler son envie de retrouver son bourreau. «Je veux une autre chance. Je veux le retrouver cet été. Je veux le retrouver en finale de l'US Open. Et là, on verra comment il réagira.»

Il ne fait aucun doute que ce 4 juillet n'aurait pas été aussi favorable à la patrie de l'Oncle Sam sans Lindsay Davenport. Comme Pete Sampras, la sympathique Californienne sort d'un début de saison bien décevant, perturbé par un virus contracté après l'Open d'Australie. Pourtant, on n'aurait pas parié sur son succès à Wimbledon.

Elle vient pourtant de prouver que lorsque la confiance est au rendez-vous, la surface utilisée importe peu. Même face à la plus expérimentée des championnes, Steffi Graf, qui courait après son 8e titre sur l'herbe de Wimbledon, Davenport a mieux servi dans l'ensemble, et elle a su profiter de deux mauvais jeux de service de l'Allemande pour faire la différence.

Nerveuse, Graf a concédé son service d'entrée, pour perdre un peu plus tard le set 6-4. Et elle n'a pas dû apprécier l'intervention de la pluie qui est venue interrompre les débats pourtant de qualité, alors qu'elle menait par 5 jeux à 4 au deuxième. Une fois encore, lorsqu'une demi-heure plus tard la partie a repris, elle a succombé à un excès de nervosité, pour concéder les trois jeux suivants.

Se prenant la tête entre les mains, Lindsay Davenport avait du mal à croire à sa victoire. A 23 ans, elle vient de s'offrir son deuxième titre en Grand Chelem après l'US Open en septembre dernier. «C'est une sensation incroyable. Sur le court, une fois la balle de match gagnée, j'étais en état de choc. Je ne savais pas comment réagir», a-t-elle admis par la suite. La voilà à nouveau au premier rang mondial, qu'elle avait quitté au mois de février dernier au profit de Martina Hingis. Quant à Steffi Graf, elle l'a affirmé après sa défaite, ce Wimbledon sera son dernier. Elle devrait tout de même disputer l'US Open, sans doute son ultime tournoi du Grand Chelem.