En athlétisme, la sportive est perpétuellement engagée sur deux compétitions parallèles. La première se dispute face à elle-même, ou à l’absolu si l’on préfère: l’enjeu est de repousser ses limites, de surpasser sa meilleure performance, encore et encore. La seconde intègre la concurrence d’une course, d’un grand championnat, d’un jour J, et permet de décrocher des titres. Les deux s’alignent moins souvent que le profane ne pourrait le penser.

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C’est ainsi que, dans la nuit de mardi à mercredi, Mujinga Kambundji a réalisé le 200 mètres de sa vie en demi-finale des Mondiaux d’Eugene. La sprinteuse bernoise de 30 ans a couru en 22''05, battant de 0''13 le record de Suisse qu’elle avait déjà amélioré le 14 juin dernier au Wankdorf, ce qui est énorme. C’est aussi 46 centièmes de seconde de mieux que son chrono en finale de l’édition précédente, à Doha en 2019, quand elle s’était parée de la médaille de bronze.

«Ça va être dingue»

Mais dans l’Oregon, il s’en est fallu de peu pour que sa performance, exceptionnelle selon ses propres standards, ne lui vaille de rester sur le carreau. Elle n’a pu accrocher que la huitième et dernière place pour la finale, qui se déroulera vendredi à 4h35 (heure suisse). Aux côtés de sept coureuses plus rapides qu’elle lors des demi-finales, dont six qui ont franchi la ligne d’arrivée en moins de 22 secondes, elle aura bien de la peine à reproduire son exploit bronzé d’il y a trois ans. Alors même qu’elle a énormément progressé depuis…

Depuis 2019, elle a été nommée porte-drapeau de la délégation suisse aux Jeux olympiques de Tokyo 2020+1, où elle a ensuite brillé en prenant le sixième rang de la finale du 100 mètres et le septième de celle du 200 mètres. Quelques mois plus tard, en mars 2022, elle est devenue championne du monde en salle du 60 mètres, un exploit inédit dans l'histoire de l'athlétisme national.

Mais les athlètes ne peuvent se concentrer que sur ce qu’ils maîtrisent: la compétition personnelle, celle qui les situe dans l'absolu. Alors Mujinga Kambundji savoure sa propre forme plutôt que de regretter le relatif déclassement qui l'attend aux Championnats du monde. «Je suis très contente de ma course en demi-finale, car c’est un nouveau record national, désormais très proche des 22 secondes, déclarait-elle encore essoufflée. Je savais qu’il me fallait courir dans ces temps pour aller en finale, et j’ai eu très peur que mon chrono ne suffise pas.» Qu’attendre du 200 mètres pour le titre? «Je suis moi-même curieuse de le savoir, mais je pense que ça va être dingue, car toutes les filles vont très vite…»

Contrat rempli

La médaille d’or semble promise à une des Jamaïcaines qui ont réalisé le triplé sur 100 mètres (Shelly-Ann Fraser-Pryce, Shericka Jackson et Elaine Thompson-Herah), voire à l’Américaine Tamara Clark ou à la Britannique Dina Asher-Smith. Ce sera plus compliqué pour la Nigérienne Aminatou Seyni.

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Mujinga Kambundji ne quittera en aucun cas les Etats-Unis déçue. Consciente de la concurrence beaucoup plus relevée qu’à Doha trois ans plus tôt, elle n’y avait pour objectif que de se qualifier pour les finales de ses deux spécialités, comme elle l’avait déjà fait aux JO de Tokyo. A Eugene, elle a déjà pris une magnifique cinquième place au 100 mètres.

Et après sa dernière course individuelle, ses Mondiaux ne seront pas terminés. Elle défendra les couleurs suisses lors du relais 4x100 mètres, dont les séries se déroulent dans la nuit de vendredi à samedi, aux côtés d'Ajla Del Ponte, Salomé Kora et une quatrième sprinteuse à désigner entre Géraldine Frey, Natacha Kouni et Sarah Atcho. L'équipe, qui détient la meilleure performance mondiale de l'année en 42''13, est en confiance. Reste à savoir si cela suffira, face à la concurrence, pour faire mieux que la quatrième place des JO de Tokyo.