Le coup d'envoi a été sifflé jeudi dernier. Mais immédiatement suspendu pour trois jours par le président de la Commission de la justice sportive, le procès des scandales du football italien s'ouvre véritablement ce matin. Au terme des débats qui devraient durer jusqu'à la fin de la semaine, c'est-à-dire après la demi-finale de la Squadra azzurra contre l'Allemagne, la Juventus de Turin, le Milan AC, la Fiorentina et la Lazio de Rome sauront si elles sont rétrogradées en division inférieure.

Sur la base des éléments fournis par les magistrats de Naples, qui ont mené l'enquête pour «association de malfaiteurs destinées à la fraude sportive», ces quatre équipes auraient truqué les matches en conditionnant les arbitres. Parmi les 26 inculpés figurent d'ailleurs dix hommes en noir ainsi que les responsables du secteur arbitral, outre l'ancien président de la Fédération italienne de football Franco Carraro.

Au cœur de la tourmente, la prestigieuse Juventus de Turin est la plus menacée, soupçonnée d'avoir organisé à travers son ancien directeur général Luciano Moggi et son ex-administrateur délégué Antonio Giraudo un véritable système illicite visant à obtenir la bienveillance d'arbitres complices qu'elle prenait soin de choisir avant les rencontres.

«Nous accepterons le verdict», a déjà fait savoir, hier, le nouveau président du club, Giovanni Cobolli Gigli qui cherche néanmoins à minimiser la responsabilité de la Juventus et à faire porter le chapeau à ses prédécesseurs. Alors que les bianconeri risquent la relégation en deuxième voire en troisième division et la révocation de deux titres de champion, le nouveau patron de la Juventus a ainsi affirmé que «la société n'a pas été impliquée. Peut-être que certains de ses dirigeants le sont, mais ils ont commis des péchés véniels, pas mortels.» C'est là l'enjeu majeur du procès. Comme le Milan AC, qui prétend que Leonardo Meani, le dirigeant chargé de la question arbitrale, a agi de sa propre initiative, ou la Lazio qui tente de séparer les responsabilités de son président Claudio Lotito et celles du club romain, la Juventus de Turin cherche à mettre le conditionnement des matches sur le compte de Luciano Moggi.

Reste qu'en forme de contre-attaque, ce dernier a soutenu il y a quelques jours que «la Juventus savait tout ce que je faisais, jusqu'à la moindre virgule». L'ancien directeur général s'est par ailleurs défendu en portant à son tour des accusations.

«J'ai uniquement réagi aux attaques du Milan AC et de Franco Carraro qui voulaient nous nuire», a-t-il affirmé. «Dans le football, le pouvoir appartient à ceux qui ont de l'argent, c'est-à-dire ceux qui possèdent les télévisions», sous-entendu à Silvio Berlusconi, propriétaire de l'empire de communication Mediaset et du Milan AC. A côté des accusations contre la Juventus, Farncesco Borrelli, l'ancien procureur responsable au début des années 1990 de l'opération «Mains propres» qui a été chargé de mener l'enquête par la Fédération italienne de football, a lui aussi parlé de «système Milan AC». La Commission d'appel fédérale devra donc trancher et déterminer si quelques cartons rouges suffisent pour redonner un semblant de crédibilité au Calcio.