Durant trois semaines, on s'est souvent interrogé sur la qualité du repentir d'Alex Zülle. A tort bien sûr! Avec ses grosses lunettes et son air innocent, le garçon ressemble à ces preux héros qui, durant les années cinquante et soixante, fleurissaient dans les bandes dessinées tendance «école belge». S'il n'avait pas été champion cycliste, le Saint-Gallois aurait fait un très bon chef de patrouille scout, toujours prêt à mouiller sa chemise pour défendre les purs contre les fangeux de toutes espèces.

Après trois semaines ponctuées de cabrioles, d'échecs et de places d'honneur, Alex, tel un pou vaillant collé aux basques d'un Yankee aux dents longues, n'a toujours pas dit son dernier mot.

En ce samedi, jour de défilé haut de gamme réservé à l'Internationale cycliste, il rêve encore et toujours de faire trébucher le vilain cow-boy à tunique jaune. Afin de mettre toutes les chances de son côté, le rusé chevalier Banesto chevauche une monture qui ressemble plus à une mobylette qu'à un vélo. Dès qu'il en a reçu la permission, Alex, terriblement à l'aise, part au sprint sans un hoquet. On pourrait s'interroger sans fin sur sa vélocité retrouvée, mais il n'est pas convenable de se moquer de garçons myopes…

Fouetté moralement par son directeur sportif qui l'abreuve de «venga!, venga!, venga!», notre héros affole le chrono, écrabouille la concurrence, avale son compatriote Dufaux sans recracher les arêtes. Au jarret et au fouet, il menace Armstrong, ne parviendra pas à franchir cette barre placée si haut. Une nouvelle fois, il échouera samedi, lors de l'ultime contre-la-montre, pour neuf secondes, tout en ayant pourtant accompli un miracle.