La clientèle pour une étape de 187 kilomètres à plat livrée avec vue panoramique et ralentis sur l'échappée puis l'éventuelle arrivée au sprint se fait de plus en plus rare. Après 3 semaines de course, les risques de coma cathodique sont en effet trop importants pour que l'on abuse de ces images hypnotiques… Dans ces circonstances, la seule solution pour communier encore quelques instants avec la petite reine consiste à se brancher sur les émissions parallèles, aussi assommantes soient-elles. Contraint, forcé, la mâchoire serrée et l'œil glauque, on se retrouve alors à espérer que l'étincelle jaillisse de l'une des rubriques proposées par «En attendant (la fin du) Tour». Lorsqu'on croise au détour d'un reportage le sourire avenant de Carlos Da Cruz, 24 ans et 123e au général à 2 heures 41 du pommadé le plus célèbre du moment, c'est un peu de cet amour tout simple du vélo qui jaillit du téléviseur. Auteur la veille d'une échappée de 140 kilomètres, le Français qui s'apprête à terminer le premier Tour auquel il participe subit, le temps d'un reportage, le traitement réservé aux stars blasées de la Boucle. Beau gosse, on l'imagine aisément sortir des flots de Malibu en portant dans ses bras une blonde poupée siliconée, Da Cruz sort incontestablement du lot. Il goûte aux joies de sa popularité récente en distribuant autographes, baisers et sourires francs à ses admirateurs dans une bonne humeur contagieuse et préfère passer sa soirée en compagnie de jeunes admirateurs plutôt qu'avec des conseillers marrons. Le plaisir, la joie d'être là sont d'ailleurs les thèmes récurrents de cet ancien médaillé de bronze aux mondiaux de poursuite par équipes en 97. L'autre jour, en arrivant avec les derniers au sommet de l'Alpe-d'Huez, le candide jeune homme, bien qu'épuisé, ne rêvait que d'une chose: redescendre puis se faire une seconde fois cette rampe infernale afin de regarder au fond des yeux tous les passionnés qui l'encourageaient… Puissent les dieux de la route veiller sur lui encore un peu.