Chaque jour après l'étape, Vélo Club, l'émission de Gérard Holtz, se charge d'achever les téléspectateurs ayant survécu aux longues heures de direct. Raillé par ses petits camarades pour le côté poussif de ses tables rondes, Holtz savoure sa revanche à quelques mètres de la ligne d'arrivée stéphanoise. On le sait, la veille dans les derniers mètres de l'Alpe-d'Huez, un spectateur imprudent a provoqué la chute de Giuseppe Guerini, manquant du même coup de priver ce dernier d'une apothéose annoncée. Aujourd'hui, Holtz est fier: lui et ses collaborateurs ont débusqué l'individu dont toute la galaxie vomit la bêtise après une longue traque de deux heures. Ménageant son suspense, l'animateur commence par resservir les images de l'incident. Complice, la foule massée devant le podium siffle, prête à brandir la corde qui servira à pendre l'irresponsable, une fois que celui-ci aura été rasé puis enduit de goudron et de plumes. Heureusement, Holtz a d'autres projets pour le condamné: la soumission puis le pardon. Le visage penaud d'un adolescent envahit alors l'écran. Première circonstance atténuante, Eric, 19 ans, adore le vélo. «On a voulu savoir ce qui s'est passé dans sa tête, pourquoi il a pété les plombs», annonce modestement l'as du micro. Pressé, le malfrat regrette sa grosse bêtise en fixant ses lacets d'un air fébrile, parle d'une journée de fête et de son désir de photographier le champion de ses rêves. Lorsqu'on lui demande le nom de son idole, Eric bafouille, réalise que s'il lâche le nom de Virenque, sa situation risque d'empirer et dit: «N'importe lequel.» La clémence déjà déploie ses ailes mais, avant cela, le jeune homme exhorte tous les inconscients qui bordent les routes du Tour à la sagesse. Il lui reste encore à serrer la main de Guerini, lequel l'absout d'un sourire franc et chaleureux. Olympien, Holtz exhibe les clichés pris par Eric, glousse puis conclut, des trémolos dans la voix: «Soyez tous prudents, la course se doit d'être absolument régulière.» On frissonne devant tant de lucidité…