A Sestrières, dans le petit matin frais, la famille de la petite reine danse sur des œufs et évite soigneusement l'appellation «Tour du renouveau», de peur que quelqu'un ne se fracture le coccyx à force de ricaner… «Les coureurs que l'on a vus hier en tête de la course pédalent sur une autre planète que nous… Dans ces conditions, on hésite à attaquer, parce qu'on sait comment cela va finir. Se faire mal pour des prunes, ça va un moment…», constate sans joie Stéphane Heulot face à un micro tendu.

Plus loin sur la route, dans la descente du Mont-Cenis, le même fausse pourtant compagnie à l'élite de l'asphalte. Thierry Bourguignon, dit le clown, l'accompagne. A l'heure de la garden party de l'Elysée, ces deux-là s'en vont porter l'esprit du 14 Juillet au niveau des cimes. Des heures durant, par monts et par vaux, le duo humble et brave empêche les observateurs de céder aux appels de Morphée. Dans la Croix-de-Fer, leur souffrance, énorme, fait exploser le tube cathodique. Bourguignon, le regard noyé, quête désespérément quelques bouffées d'air tandis que son complice lance un clin d'œil à la caméra et, d'un geste brusque du poignet, signifie aux téléspectateurs qu'il en bave, que tout cela est dur, inhumain. Derrière, à la manière des sprinters la semaine passée, un parterre de stars connues attend l'heure de la curée. Déjà, la montée vers l'Alpe-d'Huez déroule à la verticale son légendaire chemin de croix. Heulot, défiguré, sonné mais fier, part seul. Le brave, au sens apache du terme, renvoie à chaque terrible coupe de pédale l'image d'un cyclisme admirable. A sa poursuite, bien sûr, on monte quasiment au sprint, sans reprendre son souffle. Derrière ses mâchoires serrées, on devine clairement une remarque insolente: «Le rêve est fini». La suite est inévitable. A moins de 5 kilomètres, le coureur breton est repris, essoré, oublié. Ces superhéros aux superpouvoirs venus d'un autre monde, et qui déjà lui montrent leur dos, sont-ils donc de plus grands champions? Ça c'est vraiment une autre histoire…