Entre deux coups d'éclat, le Tour de France télévisé est le plus puissant des soporifiques en vente libre. Chaque jour, à la même heure, le doux ronron de l'hélicoptère qui surveille les gesticulations du peloton sonne comme une invitation à explorer les profondeurs du canapé. «Aujourd'hui encore, la journée va être longue pour nous et les coureurs», déclare entre Castres et Saint-Gaudens, un commentateur de la TSR, expert en batailles de l'asphalte. Sur fond d'orage et de canicule, les caméras n'ont d'autre plat à servir que l'habituelle échappée de seconds couteaux emmenée, entre autre par Jacky Durand, lequel remarquait au départ: «Je suis une vielle carcasse qui a besoin de kilomètres pour s'épanouir.»

En dépit de cette engageante déclaration, le spectacle proposé se résume à une longue boucle visuelle hypnotique aux allures d'interlude haut de gamme pour sponsors fortunés. Loin de ces considérations, les coureurs triment en silence sans faire hurler le tube cathodique de plaisir. Mais si le malheureux Durand, piqué par une guêpe, ne parvient pas à faire monter la tension, Wladimir Belli, l'un des autres échappés possède, lui, assez d'arguments pour empêcher les observateurs de démissionner.

L'Italien, plutôt que de fantasmer sur la victoire d'étape, sait que si la petite troupe roulant à bloc arrive avec une avance confortable sur le peloton, il va faire un bon considérable au général. Telle la fameuse mouche du coche, Wlad s'active, à droite, à gauche, devant, derrière, apostrophe les autres échappés et prend des relais épileptiques. Dans la troupe occupée à réfléchir, on se moque du sort de l'Italien, mais on pense à la victoire d'étape et aux bisous sur le podium. Belli, lui, enrage. Quand au spectateur, il applaudit poliment les efforts d'un coureur qui, en dépit d'un scénario usé, parvient à créer un suspense sympathique à défaut d'être insoutenable.