Bilan

Que sont devenus nos héros de 2018?

Ils ne sont pas les plus connus mais ont marqué l’année à leur manière, par leur courage, leur obstination, leur parcours. Neuf portraits auxquels nous souhaitions donner une suite, même si les belles histoires ne finissent pas toujours bien

A côté d’incontournables comme le traitement de la Coupe du monde de football ou le suivi des exploits de Roger Federer, Le Temps a pris plaisir en 2018 à présenter des sportifs pas ou peu connus mais souvent tout aussi méritants, touchants et inspirants que les grands champions. Ces portraits ont souvent fortement marqué nos lecteurs. Alors que 2018 touche à sa fin, il était intéressant de retrouver leur trace et de leur demander des nouvelles. Une manière de montrer, au-delà du droit de suite et de la curiosité, que le sport, même à l’heure des bilans, est en éternel mouvement.

Raha Moharrak, toujours plus haut

Elle vient d’un pays qui décourage fortement et officiellement la pratique du sport pour les femmes. Mais Raha Moharrak a, selon sa propre expression, «éduqué ses parents» et s’il faut éduquer toute l’Arabie saoudite au féminisme, on sent que cela ne lui fait pas peur. Première femme arabe au sommet de l’Everest (en 2013), elle est devenue un symbole en talons aiguilles. Délaissant quelque peu l’alpinisme, elle s’est surtout fait remarquer en 2018 comme conférencière. On l’a vue en Espagne, à Malte, en Argentine en marge des Jeux olympiques de la jeunesse, aux Etats-Unis, en Afghanistan avec Human Rights Watch et même sur internet dans The Player’s Tribune. Déjà sous contrat avec TAG Heuer depuis décembre 2017, elle est devenue fin août ambassadrice de la firme automobile Chevrolet pour le Moyen-Orient. Est-elle encore alpiniste? Pas sûr, mais pas sûr non plus que l’essentiel soit là.

L’article du 4 janvier: Raha Moharrak, talent aiguille


Jérémy Guillemenot, la positive attitude

Le jour de ses 20 ans, Jérémy Guillemenot apparaît, tout sourire, assis dans une tribune du stade de Sabadell, banlieue de Barcelone et périphérie du football espagnol. L’ancien junior de Servette, grand espoir du football suisse au poste d’attaquant, est en prêt dans ce club de troisième division, après une saison dans les équipes de jeunes du Barça. La saison a mal débuté mais il promet de tout donner. Et le soir même, il marque. Ce sera son seul but de la saison. Sa carrière n’a pas décollé. Son crédit de jeune international à fort potentiel – et peut-être le label «passé par la Masia» – lui vaut cet été l’intérêt du Rapid Vienne, en première Bundesliga autrichienne. Une promotion, même s’il joue peu: 95 minutes de jeu en quatre apparitions. Dans la Tribune de Genève, qui l’a interviewé récemment, il assure ne rien regretter. A-t-il fait de mauvais choix? Etait-il plus précoce que doué? Comment savoir, comment juger…

L’article du 6 janvier: Jérémy Guillemenot, si près et si loin du Barça


Sara est entrée dans le stade

En Iran, les femmes se déguisent en hommes avec de fausses barbes pour assister, non pas à des lapidations comme dans La vie de Brian des Monty Python, mais à de simples matchs. Parmi d’autres, Sara (un prénom d’emprunt pour préserver son identité) a créé en 2013 le mouvement Open Stadiums pour lutter contre les discriminations faites aux femmes, d’abord dans les stades puis dans la société iranienne dans son ensemble. En juin, elle a pu assister librement aux trois matchs de l’Iran à la Coupe du monde. Une simple parenthèse. Depuis, elle n’a pas pu, par exemple, acheter de place pour la finale de la Ligue des champions asiatique organisée en Iran. Sara continue de faire pression sur la FIFA, qui rechigne à faire appliquer son propre règlement (lequel interdit «toute discrimination fondée sur le genre») et qui se contente trop facilement d’actions symboliques et médiatiques lorsque Gianni Infantino est en visite à Téhéran.

L’article du 16 janvier: En Iran, des femmes aux portes des stades


Hsieh Su-wei, l’éclipse du papillon

L’espace d’un instant, Hsieh Su-wei a joué le plus beau tennis du monde. Un moment de grâce, au beau milieu de l’Open d’Australie. Un jeu tout de toucher, de surprise et de créativité, face à l’une des joueuses les plus puissantes du circuit. Cela n’a pas suffi pour battre l’Allemande Angelique Kerber, future vainqueur du tournoi, mais cette Taïwanaise devenait soudain notre joueuse préférée. Elle n’a pas confirmé: premier tour à Roland-Garros, premier tour à l’US Open, elle n’est toujours que 28e joueuse mondiale. Seuls l’air d’Asie (titre à Hiroshima, demi-finale à Séoul et à Tianjin) et l’herbe anglaise (huitième de finale à Wimbledon) siéent à son tennis d’un autre temps. En avril à Lugano, son premier tour fut déplacé à cause de la pluie dans une vague halle, autant dire un bocal, une prison pour ce fragile papillon.

L’article du 22 janvier: Hsieh Su-wei, la grâce du papillon


Jazmine Fenlator-Victorian, la triste fin de Rasta Rockett

C’était la fable du début des Jeux olympiques de Pyeongchang: trente ans après l’histoire vraie qui a inspiré le film Rasta Rockett, la Jamaïque était de retour dans les épreuves de bobsleigh, cette fois-ci grâce à deux femmes sympathiques, Carrie Russell et Jazmine Fenlator-Victorian, qui donnaient envie au public de rêver avec elles. Mais l’affaire a viré au cauchemar. D’abord, leur entraîneur les a quittées en plein JO… en emportant le bob du duo, qui lui appartenait. Une solution a pu être trouvée avant leur compétition (une 18e place à la clé), mais une fois la quinzaine terminée, la fédération internationale a révélé que Jazmine Fenlator-Victorian avait échoué, juste avant son voyage en Corée du Sud, à un contrôle antidopage. A ce jour, l’affaire n’est pas terminée mais la charismatique leader de l’équipe n’a plus pris part à la moindre compétition depuis Pyeongchang. Elle risque jusqu’à 4 ans de suspension.

Notre article du 14 février: La Jamaïque rejoue «Rasta Rockett» à Pyeongchang


Morgane Herculano, dans le grand bain

Au départ, un appel à l’aide dans la boîte. «Bonjour, je m’appelle Morgane Herculano, je suis une élève douée et une sportive brillante. Je suis admise à Harvard l’an prochain mais je dois trouver 85 000 dollars d’ici au 30 avril.» Le portrait dans Le Temps de cette championne de Suisse de plongeon qui s’entraîne vingt heures par semaine, parle cinq langues et achève sa maturité avec un an d’avance, impressionne et émeut la Suisse romande. De nombreux lecteurs se proposent de l’aider. «J’ai effectivement débuté à Harvard et je viens de finir mon premier semestre, explique la jeune femme. J’ai bouclé mon financement pour cette année et une partie des années à venir grâce principalement au soutien des fondations Panathlon, Philanthropia et Zbenek et Michaela Bakala. C’est très soulageant et encourageant, même s’il y a encore du travail.» Côté sport, elle prépare les Universiades 2019 à Naples. «Je devrais me qualifier entre fin janvier et mars, lors des championnats interuniversités aux Etats-Unis.»

L’article du 8 mars: Morgane Herculano, tremplin pour Harvard


Cyrille Berthe, à l’impossible nul n’est tenu

Avec ses 200 kilomètres à parcourir sans assistance sur un tracé non balisé, la Barkley est une folie même pour les amateurs d’ultra-endurance et c’est avec la ferme intention de devenir le premier Suisse à la dompter que Cyrille Berthe s’est envolé en mars vers le Tennessee. Mais la course, seulement bouclée par 15 personnes en trente ans, a gagné. Le Genevois n’a pas été au bout de la première des cinq boucles. De retour en Suisse, il a eu de la peine à se remettre de l’aventure, et à l’entraînement. Mais il a fini par se remotiver pour le Tor des Géants, petite balade de 350 kilomètres dans le val d’Aoste. «J’espérais terminer en une centaine d’heures, raconte-t-il. Mais autour du 200e kilomètre, je me suis blessé à la cuisse – une grosse contracture – et je n’étais plus en mesure de tenir mon rythme.» Il a quand même été au bout, après cent trente-huit heures dont à peine neuf de sommeil, à explorer «des paysages sublimes» et… des états de conscience inconnus. Pas de quoi dégoûter l’aventurier, qui tentera l’an prochain sa chance à la Chartreuse Terminorum, remix français de la Barkley.

Notre article du 22 mars: Les Marathons de Barkley, la course presque impossible du Tennessee


Vanessa Bolinger, pionnière en convalescence

A 19 ans, Vanessa Bolinger devait être une pionnière. La première femme à évoluer en troisième division masculine de hockey sur glace. Le HC Coire avait décidé de lui faire confiance et, fin mai, dans nos colonnes, elle racontait son impatience. Elle a vite dû la ravaler. Début juin, elle s’est déchiré le ligament croisé d’un genou – hantise des sportifs – et à son retour sur la glace, malgré des progrès rapides, d’autres portiers s’étaient imposés et obtenir sa chance était devenu très incertain. Elle a alors consenti à retourner à Reinach, un club ambitieux dans l’élite du hockey sur glace féminin, pour se relancer, avec les prochains championnats du monde en ligne de mire. Mais voilà quelques jours, lors d’un test destiné à évaluer les progrès de son genou, elle s’est à nouveau blessée. Lésion du ménisque. Saison gâchée. A 20 ans, Vanessa Bolinger a – momentanément peut-être – oublié son ambition de défricher des territoires inexplorés par les femmes dans le hockey suisse. Elle veut juste se soigner, et pouvoir rejouer.

Notre article du 23 mai: Au hockey, quand le gardien est une gardienne


Hugo van de Graf tient la cadence

Lors de l’opération du Temps à San Francisco début octobre, nous faisions la connaissance d’Hugo van de Graf, étudiant de deuxième année à l’Université de Berkeley. Rameur de niveau national en Suisse, il est membre des «Bears», les étudiants athlètes, et nous permet de mieux comprendre ce système universitaire américain qui fait rêver de plus en plus de jeunes sportifs européens. De retour à Genève pour les Fêtes, il continue de marier sport et études. «J’ai fini mes examens la semaine dernière. Les entraînements reprennent le 7 janvier pour commencer à préparer la saison des régates qui commence fin mars. Les cours du second semestre recommencent le 22 janvier. Il n’y a pas eu de compétition importante pendant ce premier semestre. Les championnats universitaires, du 31 mai au 2 juin, sont vraiment l’objectif principal.»

L’article du 3 octobre: Hugo van de Graf, Bear de Berkeley

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