Les fantômes du 13 mai 2006 flottent toujours au-dessus du Parc Saint-Jacques. Le FC Bâle, comme souvent en position de force, avait alors abandonné le titre national au FC Zurich dans les arrêts de jeu, avant que certains de ses «supporters» ne se chargent de noyer la frustration ambiante dans une vague de violence. De l'aveu de plusieurs joueurs, ces funestes souvenirs sont encore susceptibles, parfois, de peser sur le quotidien rhénan.

Plus puissante institution sportive du pays avec ses quelque 30 millions de francs de budget, le «FCB» a un problème: il doit, encore et toujours, gagner. Or, voilà deux ans que le voisin zurichois lui grille la priorité dans l'ultime ligne droite. Ça fait désordre et, même si les «rouge et bleu» viennent de remporter leur neuvième Coupe de Suisse face à Bellinzone, un troisième échec de rang en championnat entraînerait de facto une crise au sein du club.

Ce samedi, l'étiquette de favori sera, plus que jamais, lourde à porter pour les protégés de Gigi Oeri, patronne et mécène. «Le retour d'YB au classement nous a rendus un peu nerveux», admettait récemment le capitaine Ivan Ergic dans la presse alémanique. «Nous devons être champions. Nous sommes tous, club, dirigeants, entraîneur et joueurs, soumis à une énorme pression.» Et l'Australien d'origine serbe de prévenir: «Si nous devions à nouveau échouer, cela pourrait déclencher quelque chose de radical.»

La fin d'une époque?

L'entraîneur Christian Gross, qui a déjà compilé trois titres nationaux et autant de Coupes de Suisse en neuf saisons passées au club, se verrait sans doute indiquer la porte de sortie - il n'est à l'inverse pas totalement exclu que le Zurichois décide de tourner la page sur un ultime trophée. Ce serait la fin d'une époque globalement glorieuse, malgré quelques aigreurs.

Poids lourd à l'échelle helvétique, brillant lors de sa campagne de Ligue des champions 2002/03, le FC Bâle n'a depuis pas pu assouvir ses fantasmes sur la scène européenne. Trop grand à l'intérieur des frontières, trop petit en dehors: l'équation n'est pas toujours simple à gérer. «Aux limites dont souffrent en permanence les clubs suisses en termes de politique salariale, nous avons de solides arguments à opposer», assure le vice-président Bernhard Heusler. «L'enthousiasme des Bâlois pour le football, la stabilité, la qualité de vie dans notre région et nos performances de ces dernières années sur la scène internationale.»

Tremplin idéal pour des éléments méconnus appelés à ne pas le rester, le «FCB» peine pourtant à conserver ses meilleurs joueurs plus de deux saisons et, donc, à franchir un palier. Les départs successifs de Zdravko Kuzmanovic (Fiorentina), Mladen Petric (Borussia Dortmund), Ivan Rakitic (Schalke 04) ou Felipe Caicedo, Equatorien acquis pour 500 000 francs en 2006 et transféré cet hiver pour 11 millions à Manchester City, ont certes permis au FC Bâle de réaliser de juteuses plus-values. Mais le titre national lui échappe depuis 2005. Et seul un nouveau trophée lui permettrait de chasser enfin les fantômes du 13 mai 2006.