Football

Diable! La Belgique est la meilleure équipe du monde

Le classement FIFA qui paraît ce jeudi couronne pour la première fois les Belges et leur impressionnante légion étrangère. Mais comment font-ils?

Bien sûr, tout ce qui provient en ce moment de la FIFA est un peu suspect mais le fait est là: jeudi, la Belgique sera officiellement classée numéro 1 des équipes nationales. Meilleure équipe du monde. La Suisse est douzième. Les Diables rouges succèdent à l’Argentine, qui les avait battus en quart de finale de la dernière Coupe du monde. La Belgique n’est que le huitième pays à accéder au premier rang mondial depuis la création de ce classement en 1993, et le seul avec les Pays-Bas à n’avoir jamais été sacré champion du monde.

23 joueurs dans les meilleurs clubs d’Europe

Jusqu’ici, le fait d’arme de l’Union royale belge des sociétés de football se limitait à un antique titre olympique (à domicile, en 1920 à Anvers), une mythique finale de l’Euro (perdue 1-0 contre la RFA de Hrubesch et Rummenigge), et une demi-finale de Coupe du monde 1986 marquée par un solo étourdissant de Diego Maradona. Depuis, Anderlecht était sorti du gotha européen et l’équipe nationale passée au travers de toutes les compétitions internationales du XXIe siècle. Le foot belge a ressuscité en 2014 au Brésil, porté par une génération exceptionnelle. De très bons petits diables qui évoluent dans les meilleurs clubs d’Europe: Courtois et Hazard à Chelsea, Mignolet, Benteke et Origi à Liverpool, De Bruyne et Kompany à Manchester City, Nainggolan à la Roma, etc.

Dans le championnat le plus réputé, la Premier League, ils sont onze rien qu’à Londres et Liverpool. «En Angleterre, les Belges ont bonne réputation parce qu’ils sont bien formés et adaptables partout, constate Stéphane Henchoz. Comme les Suisses, ils viennent d’un petit pays multiculturel qui profite à plein de l’apport de joueurs issus de l’immigration. Par rapport à nous, la Belgique a deux atouts supplémentaires: c’est un vrai pays de foot et il y a une plus grande diversité d’origines.»

En Super League, ils ne sont que deux Belges, recrutés cet été par Christian Constantin à Sion. Le milieu de terrain Geoffrey Bia (26 ans) compte deux sélections avec les Diables rouges. «Ce qui saute aux yeux en sélection, c’est l’aisance technique et la créativité de tous ces joueurs, explique-t-il. En Belgique, nous avons une culture du football en salle et des «agoras» [des petits terrains multisports, aussi appelés city-stades]. À un moment donné, la fédération a compris qu’il fallait miser sur ces joueurs et leur donner le temps de s’épanouir. Pendant trop longtemps, c’était: «Donne ton ballon», «ne dribble pas» et tout était axé sur le physique.» Le 12 novembre prochain, l’Union belge fera présenter son maillot de l’Euro non pas par les stars de l’équipe, mais par des footballeurs de rue recrutés sur concours.

Les clubs belges ont toujours eu d’excellents résultats chez les juniors. «Avec Anderlecht, on battait Barcelone, s’étonne presque Geoffrey Bia. Quand on faisait un tournoi de jeunes à l’étranger, c’était minimum demi-finale! Mais le problème, c’était la post-formation. Je me souviens que lorsque j’avais 13 ans, nous avions battu Lens. Six ans après, nous avions pris une raclée contre la même équipe avec quasiment les mêmes joueurs.»

Une relève solide

Aujourd’hui, la Belgique a toujours d’excellents résultats chez les juniors. Les M17 sont en demi-finale de la Coupe du monde qui se déroule actuellement et Anderlecht est arrivé en demi-finale de la dernière Youth League, la Ligue des champions des M20. Mais en plus, l’équipe nationale s’est facilement qualifiée pour l’Euro 2016 en France, où elle sera tête de série.

«Après le titre mondial de la France en 1998, il y a eu chez nous une vraie réflexion, se souvient le cinéaste Guillaume Senez, ancien entraîneur en M16 nationaux. Il a fallu quelques années pour que ça prenne parce qu’au bas niveau, on jouait encore à l’ancienne: un libéro, un stoppeur et on bottait devant. Petit à petit, on est passé à un jeu plus moderne. Après, il ne faut pas se voiler la face: beaucoup de nos jeunes sont partis très jeunes aux Pays-Bas, en Angleterre, en France. La fin de la formation s’est faite à l’étranger.»

«C’est la grande différence entre ma génération et l’actuelle; nous, nous jouions tous au pays», rappelle Michel Renquin, finaliste de «l’Europeo» 1980 aux côtés des Pfaff, Gerets, Meeuws, Ceulemans, Van der Elst, puis quatrième du Mundial mexicain avec les Demol, Grün, Vercauteren, Scifo. «La génération actuelle a accompli sa post-formation dans les grands clubs européens. Ils sont beaucoup plus complets. Nous, nous réussissions parce qu’il y avait une vraie fierté à jouer pour la Belgique et parce qu’on savait se faire mal. Désormais, les joueurs sont de vraies machines à faire des résultats.»

Passage de témoin

Un produit fini, à qui il a longtemps manqué le polissage. Le Français Albert Cartier dirige le FC Sochaux après avoir entraîné six ans en Belgique (La Louvière, FCM Brussels, Mons). Il se souvient de conférences données à l’Union belge. «Je leur disais qu’ils travaillaient bien, qu’ils recrutaient bien, mais qu’ils rataient la dernière marche: ils n’offraient pas de visibilité à leurs talents. C’est Genk qui, le premier, a osé lancer des jeunes.» Premier club limbourgeois champion de Belgique, le KRC Genk a «sorti» les De Bruyne, Courtois, Defour. Le Standard de Liège, champion de Belgique avec le duo Witsel-Fellaini (20 ans chacun), a aussi changé les mentalités à la fin des années 2000.

À la même époque que Genk, l’équipe de Beveren détonne avec un team composé presque entièrement d’Ivoiriens formés à Abidjan par Jean-Marc Guillou. Il y a parmi eux Yaya Touré, Gervinho, Romaric, Boka, Eboué. Des artistes qui font le spectacle mais n’ont que peu de résultats. «On les jugeait pas efficaces, raconte Geoffrey Bia. Après, les clubs se sont aperçus que ces joueurs signaient au Barça ou à Arsenal alors qu’ils les avaient eus sous la main en Belgique.» Il était temps de faire confiance aux jeunes. Et aux anciens… «Nous avions de très bons formateurs, se souvient Michel Renquin, des gens qui possédaient une compétence extraordinaire mais à qui il manquait l’expérience du terrain. On a davantage fait appel à des anciens joueurs, des gens qui avaient un vécu à transmettre. On pourrait le faire encore davantage.»

Le succès du football belge ressemble un peu à celui du tennis suisse: difficile de savoir s’il est le fruit du hasard (sans jeu de mots) ou d’un savant travail. Pour l’actuel entraîneur du MCS Liège, le football belge travaille bien mais n’est pas responsable de l’éclosion de cette génération hors norme. «Bien bosser, c’est la règle; un Eden Hazard c’est l’exception», résume Michel Renquin, qui fut aussi sélectionneur des M16 et M21 helvétiques. «Je trouve qu’en matière de formation, le top reste le système mis en place par Roy Hodgson et Hansruedi Hasler il y a vingt ans en Suisse. Il y avait vraiment une vision et une volonté commune d’avancer que je n’ai plus jamais retrouvées.»

Preuve que l’Union belge n’a pas totalement anticipé la première place mondiale de son équipe nationale, les primes de qualifications ont creusé un trou de 10 millions d’euros dans ses caisses.

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