Portrait

Diaw, une certaine idée du basket

A 36 ans, l’ex-joueur NBA et capitaine de l’équipe de France a annoncé la fin d’une carrière dédiée au partage plus qu’à l’exploit individuel. Boris Diaw était bien le digne fils de sa mère

C’est affalé sur un canapé juché sur le pont de son bateau, en marcel et short, lunettes noires vissées sur les yeux, que Boris Diaw, 36 ans, a annoncé la fin de sa carrière. «C’est officiel, les gars», a-t-il lancé à ses amis de toujours, Ronny Turiaf et Tony Parker. L’ancien capitaine de l’équipe de France de basket a décidé de hisser les voiles pour entamer un tour du monde en bateau. L’une des nombreuses passions d’un jouisseur qui a toujours croqué la vie à pleines dents.

Entrée-plat-dessert, et du bon vin pour accompagner. Gourmet et œnologue amateur, Boris Diaw tranche – physiquement, diront les mauvaises langues au fil des ans – avec certains de ses collègues aux rythmes d’ascète. Féru de voile – il a fait construire son catamaran – et de plongée, il s’est aussi tourné vers la photographie: depuis qu’en 2005, on lui a mis un appareil dans les mains, il consacre une semaine par an à un safari-photo. Il s’améliore au point, après un stage avec l’un de leurs photographes, de shooter des tigres en Inde et de sortir un livre avec le prestigieux National Geographic.

«Boris cherche toujours à comprendre»

«Boris cherche toujours à comprendre, à s’améliorer. Il n’a jamais été bête et discipliné», relatait sa mère, Elisabeth Riffiod l’été dernier. C’est à elle, ancienne internationale française aux 247 sélections, que Boris Diaw-Riffiod doit son amour du basket. Et d’une certaine idée du jeu.

Champion d’Europe en 2000 avec l’équipe de France juniors, champion de France 2001 et 2003 avec Pau-Orthez, Diaw est logiquement drafté par la NBA en 2003, en même temps que le phénomène LeBron James. Mais à Atlanta, le jeune prodige subit de plein fouet sa différence culturelle. Les Hawks ont besoin de marqueurs, de passeurs, de créateurs et de défenseurs. Boris Diaw est tout cela à la fois, mais son entraîneur ne parvient pas à ouvrir le couteau suisse humain dont il dispose. Et s’arrache les cheveux quand – souvent – ce dernier passe le ballon pour tâcher d’obtenir un meilleur tir plutôt que de tenter sa chance. «Tout le monde accorde tellement d’importance au shoot, soupire-t-il. Mais tu dois bien défendre, tu dois dribbler et tu dois passer la balle une ou deux fois avant de trouver un bon tir.»

«Ce n’était pas une équipe pour lui, regrettera Tony Parker, parce qu’ils ne jouaient pas en équipe, et Boris est un joueur d’équipe.» «Il n’avait pas forcément le profil pour réussir en NBA», souligne sa mère, heureuse qu’il ait pu trouver, deux ans plus tard à Phoenix, «des entraîneurs qui ont bien voulu le comprendre et accepter qu’il joue son jeu». Sous les ordres de Mike d’Antoni et au côté de Steve Nash, Diaw se révèle en 2006. Le légendaire pivot des Boston Celtics, Bill Walton, devenu commentateur, s’enflamme devant son micro: «Quand je pense à Boris Diaw, je pense à Beethoven et à la période romantique. Ce gars a tout pour lui.»

Au sommet sans jamais se mettre en avant

Après une parenthèse compliquée à Charlotte, il rejoint Parker à San Antonio en 2012, où il s’épanouit dans le système léché de Gregg Popovich. Après une finale perdue in extremis, les Spurs décrochent le titre en 2014, offrant une bague à «Babac» (pour Babacar, son deuxième prénom). Il parvient ainsi au sommet sans jamais avoir tiré la couverture à lui. «Joueur atypique, Boris n’a jamais cherché à se mettre en valeur, et sa satisfaction était de faire briller les autres, a rendu hommage Patrick Beesley, le manager général de l’équipe de France. Il aimait à dire qu’il voulait être un facilitateur du jeu. Et le mot altruisme prenait avec lui tout son sens.»

Indéfectiblement lié à l’équipe de France, dont il devint le capitaine en 2006, au point de payer de sa poche une assurance que son club ne veut pas financer, il touche au Graal en remportant l’Euro en 2013. L’année suivante, en l’absence de Tony Parker, les Bleus d’un immense «Babac» conquièrent le bronze au Mondial. Modeste, il souligne la «culture de la gagne» lancée par sa génération. Il ne lui a jamais sacrifié l’esprit du collectif hérité de sa mère, dont il portait le numéro (13) et qu’il égale au nombre de sélections (247). «C’est une grande fierté [parce que] je m’étais toujours dit que c’était irréalisable. Et je n’ai pas envie de la dépasser. Par respect, pour tout ce qu’elle a fait, je préfère m’arrêter.»

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