Un Suisse a enfin gagné une course de Coupe du monde. Le pays entier est soulagé! Le sport national a commencé à sortir la tête de l'eau marécageuse dans laquelle il patauge depuis plusieurs mois. Le Neuchâtelois Didier Cuche a remporté la descente de Garmisch-Partenkirchen, en Allemagne. Sur un revêtement dur comme il les affectionne tout particulièrement, il a devancé d'une poussière de seconde (0''08) l'homme en forme du moment, l'Américain Daron Rahlves. Leader de la Coupe du monde de la spécialité, l'Autrichien Stephan Eberharter a complété le podium. Dans le sillage de Didier Cuche, trois autres Suisses sont parvenus à se classer parmi les dix premiers: Bruno Kernen (6e), Ambrosi Hoffmann (8e) et Paul Accola (9e).

Cette victoire est non seulement la première de la saison, mais elle met fin à onze mois durant lesquelles le succès a fui le camp suisse avec une constance qui a fini par chauffer les esprits. En décembre dernier éclatait en effet une polémique entre les skieurs, la fédération et l'équipementier japonais Descente, accusé de fournir des combinaisons dont la porosité ralentissait les coureurs. Depuis qu'ils revêtent leurs collants de la saison passée, les descendeurs helvétiques atteignent en effet des rangs plus dignes de leur talent et de l'histoire nationale de leur sport, véritable mythe suisse. Ambrosi Hoffmann avait conquis, la semaine dernière en Autriche, le premier podium de la saison pour l'équipe suisse.

«Il était temps pour les Suisses», a reconnu Didier Cuche en bas de la piste de Garmisch. Le Neuchâtelois porte son caractère sur son visage anguleux, taillé à la serpe. Suite à sa victoire, il ne s'est pas perdu en déclarations d'autosatisfaction. «Ma saison débute maintenant», a-t-il simplement dit. Ses mots ont vite été autant de flèches envoyées aux dirigeants de la Fédération suisse de ski, tenus pour responsables de la tragi-comédie des combinaisons. «Le ver était dans la pomme, s'est indigné le descendeur victorieux. Depuis la fin de la tournée américaine, la cause de nos contre-performances était claire pour nous. Il s'agissait des combinaisons, car nous étions tous à la rue sur les parties de glisse. Chacun bénéficie d'un matériel qui lui est propre et d'un encadrement spécifique. Nos seuls points communs étaient nos résultats désastreux sur les tronçons de glisse et nos combinaisons», lâchait-il. L'hiver des skieurs de l'équipe suisse, a-t-il conclu, est «pourri par l'attitude de certaines personnes».

Le soulagement né de cette première place est à la mesure de la pression qui s'était installée dans la Suisse du ski. Jamais, depuis la création de la Coupe du monde, les résultats n'avaient été aussi mauvais qu'en début de saison. Pire: en parallèle, le rival autrichien empilait les réussites. Une humiliation pour l'autre grande nation du ski alpin qu'est la Suisse.

Les contre-performances des champions ont déclenché une grande séance de psychanalyse nationale. Les médias se sont transformés en divan. Les skieurs d'aujourd'hui mais aussi les stars d'hier s'y sont allongés, tous sommés d'expliquer ce qui n'allait pas dans le ski suisse. Peter Schröcksnadel, patron du ski autrichien, était invité à Berne, au début du mois, pour une conférence. L'auditoire attendait que le gourou donne les recettes du succès qu'il vole aux Suisses depuis tant d'hivers. Au moment des questions, les accents suppliants firent comprendre que la crise, dans certains esprits, était profonde… Didier Cuche a commencé à soigner cette blessure. Une nouvelle descente est prévue à Garmisch-Partenkirchen aujourd'hui ainsi qu'un super-G demain.