Pour son 300e départ en Coupe du monde, dimanche à Lake Louise, Didier Cuche, qui a offert samedi son 100e succès à la Suisse, n’a pas réussi le pari un peu fou qui consistait à réussir le doublé canadien en remportant le super-G au lendemain de sa victoire en descente.

Peu importe. A 35 ans, le Neuchâtelois affole déjà les statistiques avec 11 victoires et 50 podiums en Coupe du monde, un titre mondial et une médaille olympique en super-G, un titre de vice-champion du monde et deux globes de cristal de descente et un globe de cristal en géant. Celui que le cirque blanc surnomme le «cube» – 1,74 m pour 89 kg – n’est donc plus à un succès près. Et sa 9e place au super-G de Lake Louise, hier soir, est tout sauf inquiétante. Juste le signe d’un léger déficit d’entraînement dans cette discipline en cette entame d’un hiver décidément plein de promesses. «Je ne me sens pas encore très à l’aise en super-G. Un manque d’heures au compteur. Il faut retrouver les sensations sur ces skis plus longs. De plus, je suis encore en phase de test de skis que j’ai reçus en septembre et qui devrait me permettre d’évoluer encore par rapport à l’an dernier», confiait-il samedi soir à l’issue de sa victoire dans la descente.

Pour l’heure, Didier Cuche, qui avait démarré la saison par un sans-faute au géant de Sölden, est heureux d’avoir renoué d’entrée de jeu avec le succès en descente après une saison 2008/2009 de léger moins bien dans cette discipline. Qui plus est sur une piste où il n’avait jamais fait mieux que 5e. Sur une piste où son agressivité et sa maîtrise des profils extrêmes se heurtait à la douceur d’une pente où vitesse rime avec glisse. Mais samedi, celui que Svindal appelle «le roi de la glace», a prouvé à cette complice canadienne qu’il était aussi capable de tendresse et de finesse. «Je n’arrive pas à croire que j’ai réussi à aller aussi vite. Je suis très fier que tout se soit déroulé selon mes plans. A l’entraînement, j’étais trop agressif, trop tendu dans les trajectoires et ça ne pardonne pas. Alors, en course, j’ai skié plus en douceur. Quand on dit qu’il ne faut jamais abandonner. Cette première place me réconcilie avec cette piste.»

Cette première place confirme surtout cette tendance à la polyvalence que Didier Cuche, au sommet de son art, cisèle davantage chaque jour. Au fil des saisons et des prouesses, son ski se fait de plus en plus en complet. Fin dans les portions de glisse, puissant et juste à l’attaque des parties raides, il est stable dans ses appuis et précis dans ses trajectoires. Le fruit d’une longue expérience, sur une route parfois sinueuse et jonchée de nombreuses blessures, qui a permis à ce perfectionniste de la préparation physique, à cet orfèvre des réglages des skis et des chaussures, à combattre le doute et se forger un mental qui semble désormais inébranlable. Comme si le sérieux coup de frein provoqué par sa blessure au genou en 2005 et la période de profonde remise en question qui a entouré les JO de 2006 à Turin avait fait sauter un verrou. Didier Cuche est revenu plus fort. Il est surtout revenu plus serein. Inversant la tendance, cet éternel insatisfait a appris à se servir de sa quête d’excellence plutôt que de la laisser se mettre en travers de ses spatules.

Aujourd’hui, la tête, le corps et les skis sont en adéquation et Didier Cuche affirme être en paix avec lui-même. «Je ne dois rien à personne», ne cesse de rappeler celui qui parfois céda sous le poids des attentes et des critiques mal vécues.