Le Temps: Comment s’est déroulé votre course?

Didier Cuche: J’ai failli perdre mon bâton dans le portillon de départ. Heureusement, j’ai pu le récupérer à la deuxième poussée, mais ce n’était pas une sensation agréable. Ensuite, je me suis fait déporté dans un virage, à l’entrée du Steilhang, et j’ai pensé que cela me coûterait la victoire. Mais j’avais de bons skis, bien préparés, et je peux remercier mon serviceman pour cela. À l’arrivée, je n’ai jamais été aussi surpris d’être devant.

- Pensiez-vous au record de Franz Klammer?

- Quand on est en bas, on est content d’avoir réalisé cela, mais aujourd’hui, je n’y ai pas pensé une seule fois. Au départ de la Streif, on ne peut se concentrer que sur la piste. Si j’avais commencé à me montrer régulier plus tôt, j’aurais pu courir après les statistiques, mais c’est un peu tard maintenant. J’ai aussi battu le record de Marco Büchel [du plus vieux vainqueur de la Coupe du monde]. J’en suis fier, mais je n’éprouve pas de plaisir à lui enlever cela, parce qu’il a toujours skié avec nous et que c’est vraiment un bon gars.

- Vous aviez déjà remporté trois fois cette descente. Vous sentiez-vous particulièrement en confiance?

- C’est assez paradoxal. J’étais très calme et serein pendant la reconnaissance. Ensuite, dans ma chambre, je me sentais comme quelqu’un qui passe un examen et qui ne se souvient plus de rien. Quand j’ai pris les télécabines, mon timing était parfait. Je n’étais pas en retard, mais je n’ai pas dû trop attendre. Je n’ai donc pas subi de stress. Et plus le moment du départ approchait, plus je me sentais capable de faire ce que j’avais à faire. Je me disais que cette descente n’avait rien d’insurmontable et qu’il fallait que je tienne mes lignes pour que ça aille vite. Ça peut paraître paradoxal, mais ce ne sont pas des sensations agréables. Car il faut vivre intensément son départ pour être éveillé et à bloc dès les premiers mètres.

- Ivica Kostelic a dit qu’il n’était pas normal que le saut de la Mausefalle n’ait pas été modifié après la chute de Hans Grugger à l’entraînement. Qu’en pensez-vous?

- Je suis le premier à faire des reproches quand les choses ne vont pas bien, mais il ne faut pas exagérer. Avant la Mausefalle, les organisateurs nous ont imposé de grands virages qui nous ralentissent beaucoup. La vitesse moyenne est de 90 km/h, il y a des filets à gauche et à droite, et de gros tapis d’air. J’ai envie de dire à Ivica que s’il n’est pas content de la sécurité en descente, qu’il continue de faire du slalom et du géant. Je ne veux surtout pas polémiquer avec lui car je l’aime beaucoup, mais j’appartiens à une génération qui pense que la descente doit rester de la descente. Le risque fait partie du jeu, et si les spectateurs ne souhaitent pas que les gens se blessent, ils veulent voir du spectacle et des acrobaties. Le jour où on aura aseptisé tout ça, et où on ne pourra plus faire la différence entre le Super G et la descente, on aura tué notre sport. Comme l’a aussi dit Bode Miller, c’est à chacun de connaître ses limites.

- Vous êtes autant applaudi que les coureurs Autrichiens à Kitzbühel. Est-ce que cela vous touche?

- J’ai toujours été très apprécié et respecté par le public autrichien, depuis ma première victoire en 1998. Mais je pense qu’on commence à les énerver un peu, à force de gagner si souvent. Ils sont moins nombreux à m’applaudir qu’ils l’étaient par le passé, quand les Autrichiens dominaient encore le circuit mondial. Il y a aussi énormément de Suisses ici. On le sent et on le voit dans la rue.

- Des Neuchâtelois ont écrit «Cuchbühel» sur les panneaux de la ville...

- C’est vrai? [il rigole]. Pour pouvoir vraiment écrire ça, je pense qu’il faudrait que je gagne encore une fois. Mais je ne sais pas si ça va se faire...